Dix-huit ans pour une b.d., ça commence à faire un bail. C'est quand même un temps où Le Lombard n'avait pas encore changé de logo et où son catalogue s'appauvrissait comme un iceberg égaré dans un sauna finlandais.
Dans un style volontairement peu moderne, émerge un personnage et une série attachants qui répondent au nom du Professeur Stratus. Passée relativement inaperçue, elle se singularise par une facture classique, tant au niveau du récit que du dessin, combinée à quelques gros nez stylisés et à des ambiances recherchées, notamment dans le choix des couleurs.
Le professeur Stratus, accompagné de son fidèle serviteur Fédor et d'un acolyte aux traits de Philéas Fogg permettant de reconstituer un triangle parfait, est la synthèse entre un capitaine Némo et un professeur Mortimer, qui considère avec un flegme artistocratique et une curiosité toute scientifique les phénomènes auxquels il est confronté, là où Indiana Jones aurait sans doute conté fleurette à l'ombre jaune et fouetté l'indigène cannibale (ou l'inverse).
Dans leur premier album, les trois héros vont successivement rencontrer une tribu de yétis himalayens, un céphalopode géant aux prises avec un marin qui pourrait s'appeler Achab et découvrir un trésor au pied d'un temple inca. Ces voyages extraordinaires s'effectuent dans un dirigeable de haute technologie (pour le XIXe siècle, s'entend) contenant tout le luxe d'un palace cinq étoiles.
Ces trois mini-récits s'apprécieront en fin de soirée au fond d'un fauteuil en cuir Chesterfield, cognac à la main et cigare aux lèvres. Ils conviennent également à l'heure du thé, mais seulement s'il pleut. Ne vous étonnez pas si une silhouette aux traits de Jules Verne vient jeter un regard au-dessus de votre épaule. Il s'agit sans doute d'une des plus belles œuvres du 9e art qu'il aura inspiré.
La série comprend actuellement 4 volumes, parus entre 1990 et 2003. L'auteur se consacre désormais aux livres de jeunesse, nous laissant peu d'espoir de lire un jour un cinquième tome... mais on ne sait jamais. |