A quatre mains s’écrit avec un V.
V comme virtuosité, V comme virevoltant, V comme victoire.

V comme virtuosité

Virtuosité narrative : comme dans la grande tradition du roman sud-américain A quatre mains se construit avec moult histoires qui se croisent et se mélangent. Et si l’auteur nous balade d’une époque à une autre croyez bien que cela suit une logique.

Virtuosité graphique : à chaque pan de vie, son graphisme ; à chaque chapitre, sa couleur. Couleurs chaudes pour Stan Laurel. Camaïeux de kaki et de bleu pour Alex et le SD. "A la manière de" Fernand Léger et des affiches de propagande pour la fresque espagnole.
Du passé, Améziane tire le sépia.
Un traitement très "comics" pour les journalistes Greg et Julio souligne habilement la période contemporaine.
Du présent, Améziane peint le flashy.

V comme Virevoltant

Paco Ignacio Taibo II nous promène à travers le siècle sans se soucier apparemment du moindre fil conducteur. Stan Laurel (1923), les journalistes (1980), Alex et le SD (70’s) et enfin "l’histoire du grand-père" qui couvre tout le 20ème siècle passe sous nos yeux ébahis. Et pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, chaque épisode est une pièce d’un puzzle qui se met lentement en place.
On l’a vu, Améziane se sert de la couleur pour installer l’atmosphère de chaque moment. Ce tourbillon graphique est mis en scène tout au long de l’album avec une grande inventivité. Pour preuve, le traitement très cinématographique de la cuite d’Alex à Acapulco. Distorsion des traits et des corps, disparité des cases, musique d’accompagnement et ventilateur comme menace d’un instrument de torture, l’anormalité du dessin intensifie étonnamment la violence et l’effet hallucinogène du bad trip d’Alex.

Je pourrais aussi vous parler de la fusillade de Pancho Villa, des pleines pages consacrées à Alex, de l’année 1993... et je pourrais aussi vous parler de la mort d’Elisa. Double planche en noir et blanc, silencieuse, choquante, gros plan de la main de la morte sous les décombres, main qui retombe, inerte, comme un moment suspendu, une bulle hors du temps, une souffrance inexprimable.

V comme Victoire

Mettre en images un roman d’espionnage foisonnant, prix Dashiell Hammet, n’était pas gagné d’avance. Avec panache et maestria Améziane a relevé le défi. Une histoire bouillonnante, un traitement graphique innovant, un découpage audacieux font d'A quatre mainsle grand vainqueur de ce premier semestre 2006.

Une bd intelligente. Ne la ratez pas !

 


Chronique par Low Valley


© EP Editions

A quatre mains

par Paco Ignacio Taibo II

Adaptation et dessin Améziane

Ed. EP Editions

2006

 
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