Décidément, la collection "Made in" de Kana semble apprécier les ouvrages historiques. Après Une vie chinoise, voici L'Armée de la résistance dont l'action se situe en Corée. Contrairement au premier cité, celui-ci est fictionnel, bien que basé sur des faits réels. Localisé dans un autre monde et à une époque indéfinie, nous assistons à ce que serait la Corée si le Japon avait fait partie des gagnants à l'issue de la seconde guerre mondiale.
Faisons un petit aparté pour expliquer la situation à cette époque-là : en 1910, le Japon annexa la Corée, ce qu'il cherchait à faire depuis 1868. Le mouvement "Seikanron" (qui signifie "De l?invasion de la Corée") vit son rêve se concrétiser dans les premiers jours du conflit contre la Russie avec une occupation du territoire coréen. Une série d'accords en 1904 et 1905, dont celui entre le Premier ministre japonais Katsura Tarô et W. H. Taft, ministre américain de la Guerre, assura la suzeraineté du Japon sur la Corée.
Ainsi, les japonais s'employèrent à faire disparaître toutes traces de culture coréenne. Seul le japonais était enseigné. Certaines écoles luttèrent contre cela par une pratique clandestine du coréen et des arts martiaux locaux. En plus de la volonté d'éradiquer toute forme de transmission de savoir, les japonais pillèrent et brûlèrent bon nombre de villages, violèrent beaucoup de femme, pratiquèrent des expériences scientifiques sur des cobayes coréens, emmenèrent de force les jeunes hommes à la guerre, etc.
Aujourd'hui, les partis d'extrême droite au Japon tentent de faire croire au peuple, par le biais de théories révisionnistes, que cette invasion était nécessaire pour la modernisation de la Corée. Et, après la guerre, la Corée ne fut pas libre mais se retrouva coupée en deux et dominée cette fois par les USA et l'URSS. C'est pourquoi le mouvement pour l'indépendance de la Corée est si développé.
Notez que l'auteur a lui-même été emprisonné pour ses actions de lutte contre la dictature qui régnait en Corée en 1997. Et l'armée de la résistance risque de le refaire retourner en prison.
L'Armée de la résistance évoque, par le biais d'une uchronie, cette résistance : le Japon, vainqueur de la seconde guerre mondiale, a rapidement développé son énergie nucléaire et est devenue la première puissance de la planète. La Corée est sous son joug, ce qui déplaît à un certain nombre de partisans qui tentent de manifester tant bien que mal face à la répression robotique permanente. En effet, les robots sont les garants de la bonne tenue des gens et passent en mode "attaque" dès lors que certains manifestent. Blessés et morts s'enchaînent alors.
Cet album est une sorte d'hommage de l'auteur à tous les protestataires qui ont lutté (et qui luttent toujours) contre les régimes dictatoriaux en Corée ou ailleurs. Son travail de mémoire est intéressant et soulève de nombreux points rarement évoqués dans nos pays. Bien que son dessin ne soit pas toujours des plus fluides, il souligne bien la confusion dans laquelle sont plongés les héros de l'histoire. Un ouvrage à lire assurément. |