Baal = appellation générique d'un dieu, accompagnée d'un qualificatif qui révèle quel aspect est adoré : Baal Shamen, dieu du ciel ; Baal Bek, le Baal solaire ; et surtout, Baal Hammon, le terrible dieu des Carthaginois.
C’est de ce dernier dont il est question dans l’excellent premier ouvrage de Ludovic Lambour.
Baal, Dieu de la fertilité, de la pluie, et, en extrapolant, de la semence et de la vie, réclame, en échange de ses services : La Mort. Intervient alors dans son culte le molk, sacrifice sanglant constitué par l’offrande des premiers-nés (animaux, récoltes et... enfants). Les légendes racontent d’immondes offrandes de centaines d’enfants faites à Baal pour obtenir la pluie, pour remporter des victoires. Massacres d’innocents et crémation, voici le cérémonial dédié à ce dieu sanguinaire.
Cet abominable rituel, Eric Hayden, ancien prêtre, s’y trouvera confronté lors d’une sordide enquête sur les rapts d’enfants. Sur sa route : un flic compatissant, un pédophile et Matthew, vétéran de la guerre du Golfe souffrant de stress post traumatique.
Bien sûr, en lisant Baal vous en aurez pour votre argent. Une histoire originale, un dessin brut, une trame qui vous entraîne dans tout ce que l’Amérique a de plus sale. Mais vous auriez tort de rester à la surface du récit. Baal est une œuvre profondément mystique, la mort et la vie s’y mêlent inextricablement. Ça commence par un enterrement, ça se termine par un miracle, une nouvelle vie. Celle d’un adulte et d’un enfant qui ont tout à construire. L’enfance, ici considérée comme élément de pureté, est employée comme vecteur de rédemption, comme seul espoir à l’humanité. La Foi en dieux, qu’il soit chrétien ou sémite, imprègne l’atmosphère comme une peste noire. Elle englue l’homme dans un aveuglement sans limite.
Profondément spirituel, l'album de Ludovic Lambour cherche une autre voie à la croyance en l’au-delà et au salut du genre humain. Il a trouvé la réponse. Ce salut, c’est l’Amour. |