Oh ? Mais enfin qu’est-ce que cela ? Ah ! Un livre répertoriant un grand nombre d’illustrations de Georges Beuville ! Grands dieux, sabre de bois, fuck, palsambleu et mazette, cessons-là toute activité (forcément moins intéressante) et hâtons-nous donc de feuilleter cet ouvrage, de le dévorer des yeux, de nous abreuver de ses richesses, de nous enrichir de ses pépites, de l’engloutir dans l’océan de notre rétine, vite

 

Loin de moi l’idée de porter un quelconque jugement envers ceux d’entre vous qui lisent de la bande dessinée sans avoir la moindre idée de qui est monsieur Beuville, mais tout de même, laissez-moi vous dire que si c’est le cas vous avez raté un wagon de l’histoire de la BD. Wagon que vous pouvez et que vous devez raccrocher immédiatement là tout de suite en découvrant la source d’inspiration de beaucoup de dessinateurs parmi les plus graphiques de la génération de nos parents mais aussi de la notre. C’est que ce n’est pas n’importe qui que les éditions Charrette mettent à l’honneur : de Franquin à Larcenet en passant par Cromwell et Ferri, Georges Beuville a laissé sa tache dans l’encrier de ceux qui font aujourd’hui référence en matière de trait, de mouvement, de force, de fraicheur et de vie.

 

Mais finalement, qui était Beuville, et que faisait-il ? Il faut déjà savoir que l’homme n’était pas auteur de bande dessinée. Illustrateur, dessinateur de presse, sculpteur et même aviateur, l’ami Georges s’intéressait de près aux compositions simples et efficaces, aux effets de rythmes et aux expressions faciales de ses personnages pour réaliser des images saisissantes de vitalité et incroyablement évocatrices, d’une qualité narrative irréprochable.

 

Ce livre est là pour permettre à tout un chacun de retrouver dans ses pages tout le talent de ce monsieur de l’illustration du siècle dernier (le vingtième siècle, c’est déjà le siècle dernier, il faut s’y faire) et de se piquer au jeu des dix mille ressemblances avec les auteurs adulés aujourd’hui par le lectorat de la BD contemporaine. A travers ses carnets d’étude, ses collaborations avec son ami Jacques Perret, ses créations des œuvres de Pierre Louÿs, Victor Hugo, Honoré de Balzac, Louis Pergaud, Alphonse Daudet ou Voltaire, l’éditeur girondin, qui a profité de l’appui des ayants droits, s’est ingénié à rendre compte de la diversité des moyens utilisés : encre, crayon, peinture, en toute circonstance et quel que soit le récit qu’il s’agissait de mettre en image, Beuville savait adapter son outil à l’ambiance qu’il souhaitait rendre.

Nous regrettons un peu que le livre soit exclusivement en noir et blanc et ne témoigne pas de tout le travail en couleur de l’illustrateur, mais ne boudons pas notre plaisir : un tel ouvrage était utile pour réhabiliter l’homme et son œuvre, voilà qui est fait, et bien fait.

 

Enfin, signalons que l’équipe de Charrette, soucieuse de rendre un hommage plus appuyé à l’artiste, a décidé de présenter des dessins originaux pendant le prochain festival Quai des bulles de Saint Malo, mis en tension avec des relectures proposées par dix dessinateurs : Catherine Meurisse, Edith, Pascal Rabaté, Cabu, Kokor, François San Millan, Riff Reb’s, Cromwell, Daniel Casanave et Manu Boisteau.

 

Pour plus de détails, n’hésitez pas à passer voir le site officiel de Georges Beuville.

 


Chronique par
Ménélias

Coup de coeur

Beuville
© Charrette

Beuville
Préface d’Alain Kokor

Ed. Charrette
9 juine 2011

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