Blanche de Saint-Ange a dix-neuf ans et est aussi pure que son prénom le laisse présager.

Blanche est naïve, vierge et mariée à un vieillard déjà reparti faire affaire ailleurs quand elle arrive sur l’île qui va lui servir de prison dorée.

Blanche ne distingue pas les couleurs, et c’est donc naturellement qu’elle salue son serviteur noir comme s’il s’agissait d’un être humain.

Blanche se rend à des thés interminables durant lesquels les bourgeoises mal honorées de l’île crachent leur venin dans la tasse de la voisine.

Blanche subit la compagnie insistante du père André et l’écoute ressasser ses sermons, hideux petit chef de clan sur son caillou loin du continent où avancent les idées progressistes et humanistes du dix-huitième siècle.

Blanche ne voit jamais son époux revenir. Elle s’ennuie, se promène et finit par tomber amoureuse du sauvage qui la suit partout et la protège quand des croquants essaient de la violer.

Blanche va finir par braver les interdits imposés par sa condition de femme soumise au protocole et découvre qu’elle n’a pas besoin de voir toutes les couleurs pour se rendre compte que les blancs ont le cœur noir et que le noir a le cœur blanc.

 

Il y a du bon dans Blanche. On pense à certains poids lourds de la bd pendant la lecture de cet album : les ombres des Passagers du vent et de Sambre planent sur la demeure des Beau-Pré. En matière de référence, on fait pire. Blanche est un album romantique, humaniste et volontiers cynique par moments. Le mal dont son héroïne est frappée permet à Chavant de servir son discours sur la tolérance, la noblesse du cœur et l’universalité des sentiments.

Il faut s'arrêter sur la couleur, discrète dans ses effets, pour apprécier l'intelligence de son utilisation au service du scénario. Il faut insister sur le trait plein de charme, sensible, léger et en même temps incisif, efficace quand il s'agit de figurer la laideur intérieure, et goûter les ambiances réussies qui nous donnent l’impression de vraiment sentir le vent et l’humidité de l’île, l’odeur du thé, et nous feraient presque entendre le froissement des robes compliquées des dames de ces lieux. Ces atouts sont ceux des bons dessinateurs, ceux qui savent raconter une histoire.

 

Un bémol cependant : à trop vouloir forcer les contrastes entre les différents protagonistes, l'auteur joue la carte de la dichotomie systématique (tout est tout noir ou tout blanc) et enferme ses personnages et ses thématiques dans des schémas connus et simplifiés, gênant ainsi le lecteur qui aimerait plus s’impliquer dans ce qui promet dès les premières planches d’être une grande histoire, pleine d’amour et de révolte, aussi torturée que la nature qui lui sert d’écrin, aussi complexe que les enjeux qui ont secoué le siècle des Lumières, aussi belle que son héroïne...

 

Les beaux portraits de femme sont rares en bd, et sont d’autant plus précieux quand ils sont réussis. Pour la suite, il faut espérer que Chavant saura donner à son exilée toute la mesure qu’elle mérite, car il serait dommage de passer à côté d’une si belle occasion de faire de la bonne bande dessinée. Souvent, il suffit de peu pour passer de l'agréable au sublime : à l’auteur de trouver la nuance qui manque pour nous faire littéralement adorer Blanche.

 


Chronique par
Ménélias

Couverture album BD Blanche Chavant Delcourt
© Delcourt

Blanche, tome 1

par Thierry Chavant

Ed. Delcourt

2009

 
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