Où l’on retrouve Polza Mancini, son long nez, ses petits yeux et ses cent cinquante kilos, souriant et affable, en train de dérouler le récit de son errance à travers la campagne à deux flics qui tentent de coller les morceaux d’une affaire qui sent pas bon entre les bourrelets.
L’ogre est là, avec toute sa graisse, et ne rechigne pas une seconde à raconter son histoire. Clochard céleste, Mancini s’est marginalisé en partant à la recherche du blast, et n’aura finalement récolté que des emmerdes auprès des réprouvés, tout aussi idéalistes que lui, tout aussi barrés, tout aussi paumés. Alors autant vivre seul. Vivre à poil tant qu’il fait beau, squatter les maisons vides quand il fait froid, vivre ivre, tel est le quotidien de notre « héros » jusqu’à ce qu’il rencontre Jacky Jourdain, alias Saint Jacky, dealer de province épris de littérature et qui a érigé en principe de vie son petit commerce de stupéfiants pour la jeunesse désespérée des villages du trou de balle du pays.
Le courant passe un temps entre les deux hommes. Lire sous la couette, vendre de la drogue et communier en silence avec son comparse, ça va le temps d’un hiver, pour se refaire une petite santé, et puis Mancini veut reprendre la route. Il a un voyage à faire, une quête à accomplir. C’est à ce moment-là que tout bascule...
Autant le dire sans détour : si vous avez aimé le premier album, vous ne serez pas déçu par ce nouvel opus. Le pouvoir de fascination du conte morbide de Larcenet se propage dans la cervelle et dans la rétine du lecteur à travers des planches à la beauté sauvage, d’une puissance rare dans la bande dessinée actuelle. L’écriture n’est pas en reste : en bon manipulateur, Mancini sait tenir son auditoire en haleine. Il décrit son parcours avec précision, fabule sans doute un peu, digresse beaucoup, mais toujours, le désir de le suivre dans les méandres de sa pensée est plus fort que le besoin de savoir ce qu’il à fait à sa victime, Carole Oudinot. Terriblement efficace et inquiétant. Le blast, cette puissante décharge qui libère Polza Mancini de tout le poids de son corps, de toute la lourdeur de sa vie, le lecteur est amené à le subir aussi à sa façon : à plusieurs reprises, on a littéralement l’impression de se faire bouffer la tête. Indispensable. |