Il existe plusieurs sortes de familles Loony : les "Esquimaux" qui restent au chaud quand il fait froid, les "Bocaux à poissons" qui ne vivent que pour leur famille, les "Restaurants" où les parents sont au service de leurs enfants... et il y a les "Trous noirs", ceux qui nous intéressent ici.

Considérée par l'auteur comme une "non famille", chaque membre évolue selon son propre système de gravité et se distingue des autres. Mais surtout, et c'est le point de départ de l'œuvre, les parents divorcent. Comme ça, tout simplement. Parce qu'ils ne s'aiment plus.

 

Cette décision, prise à un moment où tous les enfants Loony sont adultes et responsables et après 40 ans de mariage, va entraîner une remise en question de chaque progéniture : le fils aîné va tenter de raisonner ses parents, avant de réaliser qu'il doit avant tout mûrir et grandir ; la cadette paraît étrangement indifférente alors que cela lui rappelle son propre divorce ; et le benjamin va de nouveau fuir la réalité, en vivant une romance de vacances.

Malgré sa taille volumineuse (720 pages !), Bottomless Belly Button, traduit par "Nombril sans fond", est un roman graphique qui nous happe et qui ne nous relâche qu'une fois la lecture terminée. La narration est fluide et chaque moment est enchaîné de manière intelligente. L'auteur dépeint ses héros avec affection, malgré leurs doutes et leurs errances.

 

Le graphisme peut sembler ne pas être son point fort au premier coup d'œil... et pourtant, les expressions faciales sont réussies et chaque mouvement, chaque geste important est sous-titré. Par exemple, lorsqu'un personnage roule des yeux, il est inscrit "roule" avec une flèche indiquant la direction vers laquelle ils se dirigent. Le livre prend alors une autre dimension : on entend le sable crisser, on ressent les émotions et les mouvements de chaque protagoniste, on se laisse porter par le vent... Les gestes valent les mots et chaque silence compte. L'ensemble prend une tournure poétique, alors que le sujet est plutôt dur.

 

Difficile de parler de Bottomless Belly Button sans trop en dévoiler. Encensé par la critique américaine, sélectionné au Festival d'Angoulême 2009, ce qui est sûr c'est qu'il ne laisse pas indifférent et nous amène à réfléchir sur nos propres choix de vie...

 


Chronique par
Guewan

Bottomless belly button
© Ca et là

Bottomless Belly Button

par Dash Shaw

Ed. Ca et là

2008

 
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