Sur la base d’un scénario aussi transparent que les tenues de Jade, Jean Dufaux et Ana Miralles ont réussi l'improbable pari de réaliser une série à succès. Un zeste d’ambiance exotique, allègrement saupoudré de corps dénudés (féminins surtout), une lichette de contexte historique et de l’érotisme en grande quantité, voici la recette gagnante de Djinn.
Les lecteurs ne s’y sont d'ailleurs pas trompés en se ruant sur l’histoire de Kim Nelson, jeune femme qui brave tous les interdits (sexuels surtout), afin de retrouver l’histoire de sa grand-mère. C’est sous ce prétexte ultra-light que nos auteurs ont tricoté 8 tomes. Cependant, à trop rallonger la sauce, à quoi parvient-on ? A rien. Car après avoir couché avec des jeunes, des vieux, des blancs, des maghrébins, des blacks, des hommes, des femmes, deux hommes, deux blacks, 30 hommes, des jumeaux, Jade/Kim finit par coucher avec un gorille. Permettez-moi d'avoir quelques craintes pour le prochain cycle, se déroulant en Inde, pays du tantrisme et du Kamasutra.
Mais revenons à ce tome 9 dans lequel Jade devient reine d’Afrique en abandonnant son corps et son sexe au roi gorille et en acceptant de porter son enfant. La femme ne pouvant accéder au pouvoir que grâce à son cul, son intelligence n’étant qu’un mythe, notre Jade préférée se sert alors de sa seule arme : son corps mordoré. De son côté, Kim, sa petite fille, entre recherche de la pierre noire et empoisonnement, fellationne joyeusement un grand noir en femme blanche soumise et consentante.
Car Djinn c’est aussi ça, et ça n’est peut-être plus que cela ; un chapelet de fantasmes masculins. Voici du reste un répertoire, non exhaustif, de ce que vous trouverez dans Djinn 1 à 9 : femmes entre elles au harem, femmes entre elles au hammam, femmes entre elles dans le désert, femmes entre elles sur une pirogue, jolies oies blanches à pervertir, tentatives de viols, un fouettage à la badine, une femme acceptant de coucher avec 30 hommes, des scènes à trois, des jumeaux noirs pour une blanche (quel cliché !), de la prostitution, de la soumission, de l’avilissement, un sous-entendu zoophile etc. etc. Il est dommage que le dessin léché de Miralles serve ce que le scénariste ne s’autorise ni avec Murena, ni avec Giacomo C., un lâcher prise scénaristique affligeant.
Bien sûr, certains lecteurs me diront que le roi gorille est une légende, un mythe, que la scène se joue comme dans un rêve, qu’on ne voit pas l’acte en lui-même. Et je lui répondrai que l’avoir juste suggéré est d’une facilité rare. Et c'est bien le mot qui résume ce dernier tome : facile. |