Que cela soit bien clair, l’héroïne de Miss Pas Touche tome 4 n’est pas Miss Pas Touche. L’héroïne de "jusqu’à ce que la mort nous sépare" est l’amour, l’amour entre hommes, l’homosexualité avec un grand H. Avec Antoine bien sûr, honte à ceux qui ne l’auraient pas deviné !, et surtout avec ce sublime personnage de Miss Jo, travesti tout en finesse et en intelligence. A côté de lui, la Pas Touche, elle paraît bien nigaude.
Car, après avoir raté l’occasion de quitter le Pompadour dans "Le prince charmant", elle laisse passer une extraordinaire demande en mariage, une aubaine qui aurait changé le cours de sa vie dans cet opus-ci. A n’avoir jamais connu d’hommes, Miss Pas Touche est, à 20 ans, la plus simplette des midinettes. Aveugle à l’évidence, portée par une passion adolescente, elle accomplit un choix ignoble en abandonnant Antoine à ses bourreaux. Qu’il est difficile d’aimer cette boule de rage et d’amertume, cette liane sèche qui n’a pas encore connu l’ivresse et la moiteur de l’étreinte physique ! Heureusement, les savoureux seconds rôles et l’ambiance nostalgique du vieux Paris donnent tout le sel et tout le goût à cette surprenante série.
Des "progrès" de la médecine aux préjugés d’époque, des bordels pour bourgeois à la misère sociale, Hubert et Kerascoët peignent par petites touches un monde au bord de la déliquescence. Et pourtant c’est avec plaisir qu’on retrouve l’univers de cette bd si singulière, avec ses putes baroques, ses vicieux "Messieurs" et son atmosphère d’avant-guerre. Des personnages à la Maigret, à la Zola, avec ses mères indignes, ses julots casse-croûtes, ses cambrioleurs et sa domesticité alcoolique, tout un monde en noir et blanc qui redonne des couleurs à cette fin d’été.
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