La culture mainstream et la théorie du complot, c’est plus qu’une histoire d’amour, c’est carrément le mariage parfait, sans nuage ni anicroche. Télé, ciné, romans, essais (ah ah ah), « journalisme » sensationnel, jeux vidéo, BD, le public adore ça et en redemande. Assoiffés que nous sommes de vouloir connaître la vérité sur tout, nous avons laissé la paranoïa entrer dans nos têtes folles et les z’artissss s’en donner à coeur joie pour nourrir toutes nos peurs les plus irrationnelles, des extraterrestres qui manipulent le gouvernement américain en passant par les cultes obscurs qui régissaient l’idéologie nazie, sans oublier les Lapins Crétins venus foutre le waï dans nos supermarchés préférés.

Délire cathartique ultra tendance au point de redéfinir nos réactions instinctives (cf. l’affaire DSK, "c’est pas lui c’est les crypto-sarkozystes"), la théorie du complot s’installe maintenant dans l’œuvre de Jérôme Bosch, peintre fascinant s’il en est, avant d’aller réécrire l’Histoire en asticotant Machiavel, Nostradamus, Charlotte Corday, Talleyrand et Albert Einstein. Son nom : L’Ordre du chaos. Et oui c’est comme ça, de nos jours même le chaos obéit à d’occultes algorithmes connus de seulement quelques initiés. Les temps ont bien changé ma p’tite dame...

 

Passons sur le titre volontairement antinomique du nouveau cycle de Delcourt pour nous intéresser au contenu de son premier tome. Il incombe à deux scénaristes et un dessinateur de narrer le tragique destin de Jérôme Bosch, peintre royal pour le compte de Philippe le Beau qui vient de lui commander un Jugement Dernier pour son utilisation personnelle. Le génial artiste se met au travail, mais à peine a-t-il terminé d’esquisser les premiers démons sur le panneau de bois que le voici en proie aux visions les plus terrifiantes. Partout autour de lui les infernales créatures, fruits de son imagination au service du bien et de la piété, se sont échappées de son œuvre pour le tourmenter et le pousser à la faute.

Colérique et violent, se méfiant de tout et de tout le monde, prêt à céder à la folie, rouage d’une machinerie démoniaque dont l’enjeu le dépasse complètement, Hyeronimus cherchera du réconfort et des réponses auprès de son frère, membre d’une étrange secte qui cherche à ranger le peintre dans ses rangs, mais ce sera finalement Euzébius, énigmatique personnage appartenant à la confrérie des Veilleurs, qui lui donnera les clés de la vérité et de la rédemption grâce à d’étranges signes cabalistiques dont peu d’hommes connaissent la signification et la portée.

 

Arrêtons-nous là pour l’histoire et laissons le lecteur finir de découvrir ce que cachent les pages de ce premier album. Pour le reste, force est de constater qu'il est loin d’être mauvais. Bien écrit, dessiné avec style, offrant quelques belles planches hallucinées créées avec talent par un Geto visiblement très inspiré par l’œuvre de Bosch, ce livre a tous les arguments pour divertir agréablement le lecteur, que celui-ci ait simplement envie de se laisser prendre au jeu de chausse-trappes inhérent au genre abordé, ou qu’il préfère s’enivrer de la qualité graphique proposée.

 

Les autres tomes seront exécutés par différents dessinateurs. Espérons qu’ils auront tous la même tenue visuelle que celui-ci et que le scénario saura se révéler à la hauteur des ambitions affichées par Sophie Ricaume et Damien Perez.

 


Chronique par
Ménélias

L'Ordre du chaos
© Delcourt

L’Ordre du Chaos, tome 1
par Perez, Ricaume & Geto

Ed. Delcourt
11 mai 2011

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