Alors là, chapeau. Inclinons-nous bien bas et remercions tous Drugstore d’avoir permis à trois (TROIS !) auteurs de BD de mener à terme le premier tome de l’incroyable projet Pandamonia. Sincèrement, arriver à cumuler autant de vulgarité, de laideur, de machisme et de lourdeur dans un seul et même livre relève de l’exploit.

De quel genre d’exploit, on ne saurait trop dire, mais une chose est sûre : il y a quelque chose d’héroïque dans l’entreprise. Il faut louer l’aplomb de l’éditeur qui propose ce titre à son catalogue, par exemple. Et celui des fautifs qui n’ont pas pris de pseudos pour signer leur méfait et qui soutiennent le regard du lecteur jusqu’à lui donner à lire un des pires albums de SF de ces dernières années. A ce niveau-là, ça tient pour les uns et les autres de l’inconscience artistique et du suicide commercial. Ou le contraire. Bref, le genre de truc qui fait du mal à la réputation de tout le monde. Bravo à tous, donc. Car il en faut, des cojones, pour oser présenter un objet pareil sans rougir.

 

Entendons-nous bien : tout, absolument tout dans cette bande dessinée tient de la mauvaise idée et de la récupération bon marché. Aussi anachronique, aberrant et de mauvais goût que Jennifer Lopez qui chante la lambada, Pandamonia nous sert un digest racoleur de ce que les Humanos faisaient de plus catastrophique avant que l’on n'entende quasiment plus parler d’eux.

Niveau scénario, Ecuba et Lauria nous font le coup de la manipulation génétique comme dernière solution pour sauver l’humanité en croyant peut-être que nous n’y verrons que du feu. Grace à ce procédé crapuleux, ils font croiser les humains avec les animaux et concoctent des scènes érotico-zoologiques déconcertantes, comme celle où une femme léopard lèche les seins d’une femme panda sous la douche. Voilà qui leur paraît sûrement culotté et vendeur, mais question : dans le vrai monde, ça fait bander qui, des trucs pareils ? Ne le savent-ils pas ? Leur public n’existe pas encore... Par contre, le public SF existe bel et bien, lui, et ne peut pas adhérer une seconde à cet univers raté, multi-référencé, banal, vide, inutile. Il faut vraiment être né loin de toute terre habitée et n'avoir jamais rien lu de sa vie pour s’esbaudir devant les citations bibliques éculées qui alourdissent encore plus le livre d’un premier degré ridicule ou pour concéder une quelconque originalité à la bataille rangée qui oppose les « vrais » humains aux mutants. Ajoutons une mention spéciale aux néologismes, passage obligatoire de la série Z de dernier choix : le « wifi credit web » résume à lui tout seul l’étendue du cancer régressif qui ravage les quarante-six planches de Pandamonia.

 

Jusqu'ici, nous n’avons pas encore parlé de l'histoire, et pour cause. Perdue dans les boursouflures d’une mise en page tape-à-l’œil et bancale, annulée par les dialogues graveleux qui ne la font pas avancer d'une case, elle n’arrive pas à exister et trouve refuge seulement en quatrième de couverture, sous la forme d’un petit synopsis introductif. Ce n’est plus une arnaque, c’est une insulte à l’intelligence du lecteur.

Nous ne dirons rien du dessin ni de la mise en couleur, laissant à chacun le choix d’apprécier ou non sans effectuer de comparaisons désagréables avec Bilal et Guarnido, et terminerons seulement avec cette réflexion : pour le prochain tome, espérons que les auteurs choisiront un titre qui prévienne le lecteur de la provenance de l’odeur nauséabonde qui émane de l’album quand on tourne les pages. Après « Chaos bestial », je propose « Cloaque rectal ». A défaut de faire du travail propre, messieurs, soyez au moins honnêtes.

 


Chronique par
Ménélias

Pandamonia
© Drugstore

Pandamonia tome 1
par Ecuba, Lauria & Cucca

Ed. Drugstore
6 avril 2011

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