Hans Müller à sa femme (extrait de sa lettre datée du 10 septembre 1914)

 

"Liebling,

Mon cœur saigne et mes camarades aussi. Ces Schweinhunde de Franzosen nous ont massacrés dans un petit Dorf de campagne. Notre état-major nous avait convaincus de notre supériorité, dans tous les domaines. Nous-mêmes savons parfaitement que nous sommes plus forts, mieux formés et plus armés. Cependant, nous avons essuyé de graves pertes alors que nous tenions le château de Mondement et avions fait quelques prisonniers. Nous étions nombreux, reposés et repus, bien retranchés dans la bâtisse quand, au milieu d'une petite poignée d'assaillants, a surgi une espèce de soldat-machine sur lequel nos balles semblaient glisser. Un homme invincible qui a remporté la bataille à lui tout seul. Unglaublich ! (...)"

 

En effet, avec Taillefer (du projet Sentinelles) la France dispose désormais d'un piège tabou, un joujou extra, un truc qui fait crac boum boum, les boches en tombent à genoux. Et sa première mission consiste à aller récupérer des plaques photographiques d'une importance "capitale" en zone dangereuse. Le lieutenant Gabriel Féraud n'a rien d'un héros mais, entre passer le restant de son existence sous la forme d'un homme-tronc et revêtir les prothèses d'acier qui font de lui un surhomme, son choix est fait. Il est toujours en proie au doute mais finit par fléchir, imaginant pouvoir sauver des centaines de vies innocentes par un acte décisif.

 

L'essai du tome 1 ("Les moissons d'acier") est transformé avec ce deuxième opus très convainquant qui poursuit dans la trace (la tranchée, devrait-on écrire) de son prédécesseur. Le talent du scénariste Xavier Dorison réside essentiellement dans le fait de savoir inscrire son intrigue insolite dans l'histoire avec un grand H (les lieux, les dates, les personnages), en rendant le tout particulièrement crédible. On y croit d'autant plus que la guerre, les actes, les hommes, ne sont pas décrits de façon lisse et manichéenne. La guerre, c'est sale. Un projectile dans un corps ne provoque pas un petit trou rouge et les héros se trouvent rarement dans les états-majors. Cynisme, sadisme, cruauté, tueries, lâcheté, le réalisme est de mise et la fleur au fusil a fané depuis bien longtemps.

 


Chronique par
Hobbes

Couverture album BD sentinelles tome 2 Delcourt
© Delcourt

Les sentinelles, tome 2

par Breccia & Dorison

Ed. Delcourt

2009

 
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