Comment s’en sortiront les habitants de Brüsel, ville dont les rues sont ensevelies sous des tonnes de sable s’écoulant encore et encore d’un grand immeuble cossu ?
Comment en réchappera le brave Maurice, dont la masse corporelle a fondu comme neige au soleil et qui ne subit plus guère l’attraction terrestre ?
Comment s’en tirera Constant Abeels, dont l’appartement constitue le lieu d’apparitions insolites et ininterrompues de pierres pesant chacune 6793 grammes ?
Quel mystérieux secret recèle le Nawabi des Bugtis ?
Vous le saurez en vous immergeant dans le deuxième et dernier tome de La Théorie du grain de sable.
Bienvenue une nouvelle fois dans le monde des cités obscures de Benoît Peeters et François Schuiten. A l’image du blanc lumineux qui caractérise tous les phénomènes étranges décrits, cet album est brillant !
L’histoire peut être perçue, ressentie et surtout interprétée de multiples façons : l’invasion (sous toutes ses formes : sable et pierres ou insectes) fait songer à un cancer qui s’étend (même principe que dans La Fièvre d’Urbicande). On peut assimiler les événements à la crise financière, avec ses réactions en chaîne et l’accumulation des problèmes. Enfin, d’aucuns liront ce diptyque comme une fable écologique, une opposition urbanisme vs. contrées désertiques et sauvages. Pourtant, le grain de sable (au cœur de ce récit) est un élément constitutif du béton, non ? Est-ce pour autant une mise en abyme ? Une manière de boucler la boucle ? Au final, peu importe, les auteurs daignent laisser une entière liberté à l’imaginaire et à la raison des lecteurs.
Inutile de s’étendre sur la virtuosité graphique de Schuiten mais n’oublions pas l’admirable travail de documentation réalisé par les compères. Le Brüsel de 784 est véritablement la soeur de Bruxelles de 2008. Ainsi, on y retrouve des bâtiments existants (comme la maison Autrique, œuvre de Victor Horta, visitable en ce 21e siècle, qu’on se le dise !) et des personnes connues réelles (citées en début d’ouvrage) ou non (Mary von Rathen, L'Enfant penchée). Les passerelles sont nombreuses et celle empruntée par Elsa n’est pas la moins intéressante.
Qu’il est passionnant de déambuler dans les cités obscures, décor complexe de pièces fantastico-crédibles.
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