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Ils s'appellent Faber, Lapize ou Garrigou et ce sont les Hinault, Cancellara et Armstrong de ce tour de France 1910. Le tour des géants décrit en courts chapitres le chemin de croix de ces forçats de la route, roulant de nuit avec des vélos de 15 kilos. Meurtris, les pieds en sang et au bout du rouleau, les coureurs tiennent, déjà !, avec des substances illicites. Ether, strychnine, tout est bon pour tenir jusqu'au bout. La télé n'est pas encore là mais il faut impressionner, accrocher, toucher le public pour qu'il se presse en masse au bord des routes et fasse de cette course l'évènement sportif par excellence. Truffé d'anecdotes d'époque, le récit dévoile le triste quotidien de sportifs amateurs aux mains de business men, prêts à sacrifier l'homme pour le profit. En 2009, rien n'a changé, le dopage est généralisé, le matériel amélioré et certains règlements absurdes, et oh combien cruels, ont été biffés du protocole initial. Le but reste le même : faire de cette grande messe populaire une pompe à fric. Quitte à sacrifier des hommes passionnés, durs au mal, ne visant que l'exploit. Le tour des géants nous rappelle que les combines, la drogue et la tricherie étaient déjà de mise dans le sport. Et ce n'est pas un dessin travaillé et des couleurs sépia qui adouciront le propos. Le Tour des géants se veut une ode à la grande boucle et sort fort opportunément un peu avant le lancement de l'édition 2009. Couvert d'éloges, encensé autant par Radio Luxembourg que par les chroniqueurs bd, il s'est même glissé sous le bras de Gérard Holtz pour une visibilité maximale. Peut-être que la femme que je suis n'a pas la sensibilité pour savourer l'exploit de ces coureurs prêts à mourir pour finir premier à Paris auréolé d'une gloire éphémère. Il manque à cette oeuvre le souffle pour donner chair à la souffrance des hommes. Et je n'ai malheureusement retenue qu'une chose : en 1910, le tour de France était déjà vicié. |