"Dans quel traquenard me suis-je encore fourré ?
J’étais à l’aise, au Venezuela, après avoir pris ma petite retraite. Pourquoi a-t-il fallu que je cède à une nouvelle offre ?! La nette et mauvaise impression de me retrouver entre le marteau et l’enclume. Est-ce que les véritables commanditaires de ma mission sont affiliés à la CIA ou est-ce le cartel colombien ? Et cette cible, Angel Carrasco, c’est bien la première fois (après la bonne sœur, je le reconnais) que j’éprouve une gêne à son égard. Et si je ne me décide pas à l'éliminer, c'est moi qu'on va exécuter. Je doute et j’avance en terrain miné. Il semble y avoir tellement d’intérêts cachés derrière tout cela, même des intérêts pétroliers. Il m’est impossible de faire machine arrière, sans quoi je troquerais immédiatement mon habit de chasseur en peau de gibier. Va falloir la jouer finement..."
Le tueur en proie aux doutes et mouillé dans une énorme affaire internationale, impliquant les Cubains, la CIA, les Vénézuéliens, les cartels colombiens ; même pour ce caïman, la vie n’est pas un long fleuve tranquille...
Ce second cycle (initié par l’album 6) réussit la gageure de ne pas perdre en vigueur et en attrait. Le caractère principal de la série, outre la touche Jacamon et sa furieuse variété de cadrages, réside dans la construction du récit, centrée sur le personnage principal, brillant tueur de son état, et fréquemment dans ses réflexions philosophiques (et politiques, en l’occurrence).
Lucidité sur la nature humaine et cynisme de bon aloi, mais hélas "un discours" un peu simpliste à l'entame de cet album, même s’il s’agit de la façon de percevoir le monde d'un tueur. Oui, à Cuba ou en Chine les soins médicaux sont gratuits par exemple, mais ces pays ne constituent aucunement des havres de bonheur où la vie aisée le dispute à l’allégresse (pas plus que nos pays, d’ailleurs ; il faut bien le reconnaître). S’affranchir des clichés distillés par les medias et gouvernements occidentaux, certes, mais demeurer clairvoyant. Plus appréciable : les soufflets distribués aux USA (pour les actions menées en Amérique centrale et du Sud) et à la France (pour son rôle au Rwanda). Il est assez rare de trouver de telles considérations (même sous forme de monologue et même si ce n’est de loin pas le sujet principal) dans une bande dessinée pour le souligner et s'en réjouir.
Quoi qu'il en soit, Le Tueur est une série qui dépote et déteint. Elle vous est fortement conseillée. Avec ou sans arme pointée sur la tempe... |