Après ce petit intermède, allons à la rencontre de la femme et du roman à travers le débat "La Femme : un roman" avec J.C. GrØndhal (Les mains rouges, éd. Gallimard), Ken Bugul (Mes hommes à moi), Leonora Miriano (Aubes écarlates, éd. Plon), P. MacDonald (Une femme sous influence, éd. Albin Michel), V. Ovaldé (Ce que je sais de Vera Candida, éd. L’Olivier). Une conférence simple, animée, libre dans son expression et qui a été marquée par l’extraordinaire franc-parler de Ken Bugul.
J.C. GrØndhal, seul auteur masculin de la conférence, nous a expliqué qu’il aimait mettre en avant des femmes dans ses romans parce qu’elles représentent l’"autre", l’inconnu, mais aussi le mystère de la vie et de l’érotisme avec, au-delà, un possible thème beaucoup plus existentiel : la solitude.
V. Ovaldé nous parle de fables, d’histoires que nous racontaient nos mères, nos grands-mères, de ce qu’on ne dit pas, de ce qu’on n’exprime pas. Le masculin est aussi pour elle un mystère et elle tente parfois de se mettre à la place de l’homme. La transposition de ses histoires au bout du monde ou dans un monde imaginaire lui permet d’aller dans l’excès et le romanesque. Elle aime l’idée de l’émancipation et souligne, notamment dans son dernier roman, la difficulté d’être une femme.
L. Miriano indique que les femmes de ses romans sont des reflets et des observations des femmes de son entourage. Elle nous révèle les difficultés qu’elle a eu à accéder à sa féminité et se sent maintenant prête à explorer une certaine intimité féminine dans ses romans.
Ken Bugul va encore plus loin et se dit ne pas être une femme mais un individu avant tout. Elle n’a pas hésité à nous faire part de son enfance et de sa jeunesse si particulières. Elle nous dévoile tranquillement, sans tabou, son intimité, et estime que la notion de femme est accessoire. Ce n’est pas le plus important. Pour elle, ce qui compte, c’est l’individu et ce qu’il est. Témoignage particulièrement vivant et intéressant d’un être humain qui, comme elle le signale, "n’a pas été élevé comme une femme". Dans ses livres, elle n’hésite donc pas à casser la figure symbolique de la femme (maternité, coquetterie) et s’attache à décrire avant tout des individus non dénués de sentiments et de sexualité pour autant. P. MacDonald, qui nous a fait le plaisir de s’exprimer en français, précise qu’elle a toujours eu dans ses histoires la volonté de créer une femme forte, courageuse et non victime. Elle s’attache plus à l’esprit, aux émotions de la femme qu’à son aspect physique, vestimentaire et romantique qui sont surtout une volonté de son éditeur ! Elle aime que ses polars se terminent bien parce qu’elle désire apporter un peu de bonheur face aux atrocités de notre réalité. Elle ne désire pas utiliser de héros masculin. Elle nous a surpris en affirmant que les femmes subissaient moins de pression avant, notamment dans les années 70-80 et elle estime que, de nos jours, elles doivent être des "wonder-women" afin de pouvoir tout assumer. |
Si certaines conférences nous ont beaucoup apporté, d’autres nous ont un peu laissé sur notre faim à l’image de "Peut-on tout publier ?" avec A. M. Métaillé (éd. Métaillé), P. Otchakovsky-Laurens (éd. P.O.L), E. Collas (éd. Collas), E. Carcassonne (éd. Grasset).
Les différents protagonistes ont expliqué que l’augmentation de la judiciarisation de beaucoup d’écrits peut pousser un éditeur à ne pas accepter de publier une œuvre de peur de possibles poursuites judiciaires. Mais le fond du débat n’a pas vraiment été abordé ; les éditeurs se contentant d’exprimer le fait qu’ils s’autocensuraient eux-mêmes, fidèles à leur conscience. Ainsi la réflexion n’a pas vraiment été plus loin que les propres intérêts de chaque éditeur et nous ne nous sommes pas dirigés vers un débat de fond sur la notion de censure et la question tant philosophique qu’éthique : peut-on tout publier ?
Nous avons cependant noté la difficulté des maisons d’éditions qui ne font pas face uniquement à une censure judiciaire ou de conscience mais aussi à une censure du public. Des œuvres de remarquable qualité passent ainsi inaperçues face à d’autres sorties parfois de moindre qualité mais qui enthousiasment le grand public. |