par Tibou

Tome 1

© Bulle Dog 1999

Tome 2

© Bulle Dog 1999

Tome 3

© Bulle Dog 1999

Tome 4

© Bulle Dog 2002

Tome 5

© Bulle Dog 2002

Tome 6

© Bulle Dog 2003

Tome 7

© Bulle Dog 2003

 

Strangers in Paradise peut se résumer très simplement : Terry Moore relate la vie de deux amies, Katchoo et Francine, deux jeunes femmes tout ce qu'il y a de plus ordinaires. Deux femmes qui tentent de vivre leurs vies du mieux qu'elles peuvent sous nos yeux, qui rient et pleurent, se posent un millier de questions et ne trouvent pas le quart des réponses... juste deux femmes, pas meilleures que d'autres, pas pires non plus.


Le premier numéro de Strangers in Paradise fut publié aux Etats-Unis en novembre 1993. Plus de dix ans durant lesquelles ce texan ne se sera pratiquement consacré qu'à l'écriture et à l'édition (il s'auto-édite) de cet ouvrage gigantesque et atypique qui compte aujourd'hui 61 numéros et 13 "trade paperbacks", est traduit en 7 langues, et a reçu un Eisner award en 96 et un GLAAD award en 2002.


© Moore

Les personnages


Le coeur de SIP, ce qui en fait toute la substance, c'est le travail d'exploration des relations humaines que réalise Terry Moore à travers ses trois personnages principaux. Trois personnages aux traits psychologiques intentionnellement marqués au départ, qui se révéleront bien plus complexes qu'il n'y paraît au fil des tomes.


A la fin de l'édition américaine du tome deux, I dream of you, Terry Moore explique les différentes caractéristiques de ses personnages et le pourquoi de ses choix:

"There might be the tough skinned independant woman who could make a life for herself without the help or desire for a man. she would be distrustful of men, in fact she might even be downright hateful towards them. Whatever, she certainly would never feel the need for one. Then on the other end of the spectrum might be the "classic" woman, the woman of old who will always exist somewhere, who has a basic primal attraction to men, who wants not just a family but a man to share her life. she likes men, she likes the way they smell, the way they talk and the way they feel when she hugs them. Unfortunately, she's prey to every cliché about relationships since the dawn of time. [...] She is devoured and abused by one toughless man after another because the perfect man doesn't exist. She's a victim (...) of love. "

(Il y pourrait y avoir la femme dure à cuire et indépendante, qui pourrait construire sa vie sans l'aide d'un homme, ou sans le désirer. Elle serait méfiante envers les hommes, en fait elle pourrait même carrément les détester. En tous cas, elle ne ressentirait certainement jamais le besoin d'en avoir un. Et puis à l'opposé on pourrait trouver la femme "classique", la femme "archaïque", qui existera toujours quelque part, qui ressent une attraction primale et basique pour les hommes, qui ne veut pas seulement une famille mais un homme pour partager sa vie. Elle aime les hommes, elle aime comme ils sentent, comme ils parlent, ce qu'elle ressent lorsqu'elle les étreint. Malheureusement, elle a tendance à être victime de tous les clichés sur les relations amoureuses depuis l'aube des temps. Elle se fait avoir et devorer par des pauvre types, un par un, parce que l'homme parfait n'existe pas. Elle est victime de l'amour.)


© Moore

La femme forte et indépendante, c'est Katchoo: de taille moyenne, blonde, énergique, elle ne mâche pas ses mots et ne cache pas les griefs qu'elle porte aux hommes. Francine, elle, sera le coeur d'artichaut, celle qui tombe amoureuse du quarterback de l'équipe de football du lycée, celle qui va de déception amoureuse en déception amoureuse, et qui finit par se méfier des hommes sans pour autant pouvoir s'en passer. Brune, grande et présentant une propension à l'embonpoint (ce qui ajoute à son charme), elle ne s'épanouit qu'entourée de ceux qu'elle aime.

Et au milieu de ces deux jeunes femmes, il y a David. Comme dit avant, Moore part pour ses deux personnages féminins de stéréotypes, pour les dépasser ensuite. En tous cas, ces deux personnages apparaissent comme très tranchés. Avec David c'est le contraire, on navigue en eaux mouvantes, on n'arrive pas à le cerner : gentil garçon innocent, catholique un peu timide ou criminel manipulateur ? Un peu des trois, et rien de tout cela. David est insaisissable, il brouille les cartes, s'installe et forme le troisième élément d'un triangle amoureux atypique. En même temps totalement impliqué et légèrement en retrait de la relation Katchoo/Francine, il tente de se frayer un chemin tortueux dans leur vie et sans totalement y parvenir. C'est définitivement à mon sens le personnage le plus complexe de la série, parce qu'ambivalent en permanence.

Présenté ainsi, le lecteur découvrant Strangers In Paradise pourrait penser à une accumulation de clichés. Heureusement pour la série et pour nous, il ne s'agit que d'un point de départ, une base sur laquelle Terry Moore va broder une histoire et une galerie impressionnante de personnages secondaires sans aucun manichéisme. Témoin Freddie Femur, le fiancé de Francine au début de l'histoire, tour à tour pathétique, drôle, énervant et touchant. Témoin aussi Casey la prof d'aérobic, superficielle au premier abord, et qui révèle une grande joie de vivre et une grande fragilité au fil des tomes. Témoin enfin Tambi, tueuse professionnelle froide dont l'écorce se fendille au fil des pages.

 

Le mélange des genres dans Strangers in Paradise

Strangers in Paradise n'est pas une BD de genre, dans le sens où elle les englobe tous, ou presque : Comédie, tragédie, polar, tranche de vie... Autant de styles différents qui se côtoient et se mêlent dans le livre, donnant un résultat curieusement homogène et heureux. Mais Moore ne s'arrête pas là.

Afin d'accompagner et de souligner ce patchwork scénaristique, il adapte sa technique de dessin à son propos : les scènes dramatiques seront traitées de manière réaliste, celles plus humoristiques présenteront un style plus caricatural, allant même jusqu'à un graphisme de type "cartoon" ou "strip". Parfois, Moore délaisse même totalement le dessin et insère des passages romancés, avec ou sans images, et s'essaye même aux dialogues de théâtre à quelques rares endroits de son livres.

Enfin, puisque le monde du rêve est très important dans Strangers in Paradise, l'auteur amène quelques scènes qui n'ont absolument rien à voir avec le comic, complètement surréalistes parfois, ou juste délicieusement décalées, comme le passage "super héros" dans le tome 4, ou la parodie de Xena la guerrière dans le tome 6. Pour enrober le tout et amener une ambiance plus poétique et mélancolique, au début de chaque chapitre ou presque, et dans les dialogues parfois, Moore donne les paroles (et parfois les partitions) de chansons de son cru ou d'autres auteurs. Tout cela donne un ton unique à Strangers in Paradise, une touche reconnaissable au premier coup d'oeil.

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