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Le petit vieux est un déclencheur |

© Van Hamme & Francq / Dupuis |
Lorsque le petit vieux est déclencheur, ça signifie fréquemment qu’il va mourir ; nous sommes désolés pour lui mais c’est comme ça. Le petit vieux peut être à l’origine d’une simple aventure mais également de la vocation du héros, voire de ses tourments.
Commençons avec Nerio Winch sans qui Largo n’aurait jamais hérité s’il n’était pas "tombé" de sa tour d’ivoire. Même scénario en ce qui concerne Abe et Sally, les parents "adoptifs" de XIII dont la mort augurera la longue quête de l’irlandais. L’amnésique le plus célèbre du 9e art, serait-il parti à la recherche de son identité si ses parents avaient vécu ? Ou tout simplement, aurait-il lui-même survécu sans leur intervention ? |
Au rayon manga on peut citer Un drôle de père. Voyez plutôt : alors qu’il se rend aux funérailles de son grand-père Soichi Kaga, Daikichi apprend que ce dernier avait eu, dans les dernières années de sa vie, une relation avec une jeune femme. De cet amour est née une petite fille, Rin, qui a désormais six ans. Rin est donc la fille de son grand-père. Daikichi devient alors son tuteur légal et une nouvelle vie commence pour lui. Car oui, le décès de l’ancêtre est souvent prétexte à l’amorce du récit. En 2008, deux récits français aux antipodes se servent de ce pitch : dans Les Funérailles de Luce, les hallucinations de la petite fille interviennent lorsque la mort s’approche inexorablement de son papy Roger. Dans Au revoir Monsieur, le meurtre de Geneviève, la grand-mère d’Augustin, mettra en marche un sordide drame rural. |

© Springer / Vents d'Ouest |

© Hergé / Moulinsart |
A noter que certains personnages de la catégorie des savants font souvent office d’élément déclencheur d’une aventure. Plusieurs exceptions à la règle de la mort du petit vieux déclencheur, parmi lesquelles la sorcière Malvéliande qui métamorphose Garulfo en être humain...
Dans la même famille
Antoine Louis, le père de Marco (Le combat Ordinaire), Jessica Ruppert (le pouvoir des innocents), Tomas Fernandez (dont le journal intime va déclencher l’enquête journalistique de A quatre mains) / Wargan, "grâce" à qui Thorgal décide d’aller chercher Aaricia au pays des ombres / Nestor Halambique, déclencheur de l’aventure Le Sceptre d’Ottokar / Crao, mourrant, qui lègue à Rahan son collier de griffes / la mort d’Oncle Ben (qui a élevé Peter Parker) / Imhotep IV (La Fille du professeur) / le père de Jimmy Corrigan qui l’invite à se retrouver. |
Le petit vieux est un second rôle |
D’aucuns sont récurrents, d’autres ne font que passer. Certains prennent part à l’action, d’autres sont plus passifs. Citons Ten Gallons (Comanche) qui travaille avec les jeunes au ranch "Triple Six", le commissaire Bourdon (Ric Hochet) toujours sur la brèche et Louis-Ulysse Loco (oncle de Léo Loden et ex-marin à tendance alcoolique). Si ces deux derniers sont souvent présents et actifs, c’est moins le cas d’Agecanonix.
Au gré de nos lectures, on s’aperçoit que le Western foisonne de seconds rôles attribués aux petits vieux, à l’instar de Roy Bean (alias "le juge", série Lucky Luke), qui a réellement vécu et est décédé à 78 ans.
Ne fermons pas ce chapitre sans parler de Cactus, le comparse indispensable d’Amargo. De La Fuente l’avait créé dans l’optique d’une saga ; malheureusement, seuls deux albums, magnifiques au demeurant, sortirent dans les années 70. Nous vous proposons ci-contre une planche de crayonnés de ce vieux hibou grincheux et extrêmement combatif. |
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

© De La Fuente / Hachette |

© Van Hamme & Rosinski / Le Lombard |
Dans la même famille Le colonel Amos (agent fédéral dans XIII) / le Roy Clément XVII (la Nef des fous) / le Roi ami de Johan et Pirlouit / Xargos alias Tanatloc (Thorgal) / Barthélémy le puisatier qui a passé 40 ans sur le A (Philémon) / Gilbert Mesribes (Le Combat ordinaire) / Triple Patte (Barbe-Rouge & Astérix), l’amateur de locutions latines / Joshua et Elizabeth, parents de Chesterfield (les Tuniques Bleues) / Gustave le fermier (Gaston dans Gala de Gaffes à gogo) / le premier berger (Le génie des alpages) / Basil Bazaroff (vendeur d’armes dans l’Oreille cassée) / Ridgewell (Tintin) / Philippulus (prophète illuminé dans l’étoile mystérieuse) / Isidore Boullu, marbrier (les bijoux de la Castafiore) / James, serviteur flegmatique (la Ribambelle) / Nyargance, Louisa et les autres petits vieux qui hébergent Lupus et Sanaa (Lupus II) / le Pape (Le Scorpion) / Ma Attaway (Sammy) / le mystérieux "Moine" qui aurait 100 ans (Corto Maltese) / César (ami de Buddy Longway) / La Mort (Thorgal) / Kunu, le vieil obsédé sexuel (Krän) / Madame Chartier (la grand-mère qui refuse de mourir dans Les pieds dedans) / Roc Tranquille (Yakari) / le sénile Winston Churchill (la Patrouille des Libellules). |
En conclusion |
Le principe de catégorisation, par essence subjectif, l’est encore plus par le fait de deux écueils :
- Parce qu’il est malaisé de définir un âge précis à partir duquel un personnage incarnerait un authentique "petit vieux" (la vieillesse –ou la notion de 3e âge- est un concept variable qui évolue au gré des siècles, des civilisations, des gens). A plus forte raison quand on se situe au moyen-âge ou à l’époque de la conquête de l’ouest : on était vieux plus jeune. Ainsi, Conrad de Marbourg (Le Troisième testament) qui avait entre 35 et 55 ans au moment de sa disparition : était-il "vieux" pour un homme du XIIIe siècle ? Et qu’en est-il de Mathieu Montgomery (L’Étoile du désert) ?
Si l’on délaisse l’âge des protagonistes, serait-il plus approprié de classer dans le groupe "petit vieux" une personne affublée de rides ? Faudrait-il prendre en compte un autre critère comme les cheveux blancs, la surdité, le port du chignon, la vue basse ou la mastication sommaire ?
- Parce qu’il est également très ardu de déterminer l’âge précis de nos héros de papiers. Leur coquetterie nous dessert. |
Nonobstant ces viles embûches, l’exercice s’est avéré très intéressant et le résultat n’est absolument pas figé, puisque les passerelles existent bel et bien ; certains personnages sont susceptibles d’endosser plusieurs rôles tels que qualifiés par nos soins. Ce principe nous a aussi permis de relever la pauvreté inventive des auteurs dès qu’ils créent un petit vieux masculin : roi, chef, savant, magicien, le petit vieux reste désespérément dans sa petite case. On espère vivement croiser de plus en plus de Carmen Cru ou de Ma Dalton au masculin et on aspire profondément à lire de nouveaux one-shot relatant les histoires de ce que nous deviendrons tous un jour : des vétérans de la vie. |

© Morris / Dargaud |
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