Satsuma - L'honneur de ses samouraïs
Un nouveau manga sur les samouraï vient de sortir grâce à Akata et aux éditions Delcourt et il se place d'entrée parmi les meilleurs. En tout cas, mon coup de coeur du moment.
De part son traitement du sujet, on est loin de
Kenshin le vagabond ou de
Samourai Deeper Kyo pour être plus proche de
Lone Wolf & Cub : grande rigueur historique, dessin réaliste et sans fioritures, absence totale de trames, il se détache de ce dernier par une histoire plus ancrée dans une certaine réalité économique et sociale du Japon à l'époque féodale. On sent bien que l'auteur, Hiroshi Hirata, est issu du monde des
gekiga. Mais l'histoire reste extrêmement plaisante à lire grâce à de nombreuses situations de combats et d'action.
Au milieu du XVIIIème siècle les samouraïs du fief de Satsuma mènent une existence rude et laborieuse. Ils travaillent la terre pour gagner leur maigre pitance. Ils sont aussi les souffre-douleurs des samouraïs des classes supérieures. Las des humilations, ils se rebellent contre leurs oppresseurs. Sakon Shiba, un samouraï charpentier, mène l'insurrection. Coupable de sédition, il est condamné à mort. Mais lors d'une cruelle chasse à l'homme, il gagne son acquittement, battant en duel un des samouraïs, Gondô. Jûzaburô, le fils de Gondô, décide de venger la mort de son père et de réparer l'offense.
"Satsuma, l'honneur de ses samouraïs" est fondé sur un fait historique. Fin de l'année 1753, la famille Tokugawa règne sur le Japon. Le Shogun Tokugawa n'aime pas le fief de Satsuma qu'il juge agité et dangereux. Il cherche donc depuis longtemps à l'affaiblir. Comme les innondations à Owari ne cessent de poser problème, Tokugawa oblige Satsuma à construire des digues.
Hiarata a choisi de faire un portrait réaliste de la société des samouraïs de l'époque. "Satsuma, l'honneur de ses samouraïs" est le témoignage réaliste des humiliations et des déshonneurs subis par tout un clan. Dans la veine de "Lone Wolf and Cub" Satsuma ne s'incarne pourtant pas dans le domaine de la croyance mais celui de la réalité humaine. Ses héros prennent vie sous sa plume, leurs valeurs ont réellement été éprouvées, ce qui invite le lecteur à poser un autre regard sur cette oeuvre forte.
(Présentation tirée du catalogue manga 2004-2005 des éditions Delcourt)
Les points forts :
- Grande rigueur historique permettant d’apprendre à mieux connaître cette époque du Japon et une facette de sa société. C'est extrêmement intéressant.
- Personnages charismatiques comme Sakon Shiba ou révoltés comme Jûzaburô.
- Description réaliste de la société et notamment des relations entres castes sans oublier les comportements individuels.
- Combats réalistes : ça tue vite et salement.
- L’auteur est ambitieux dans sa narration : l’histoire n’est pas linéaire, il y a de fréquents flash-back, de nombreuses digressions historiques et explicatives, plusieurs unités de lieu, au moins deux personnages principaux. Et ce n’est que le volume 1.
- Dessin réaliste tout en restant très dynamique et même parfois contemplatif. Et grande maîtrise de la morphologie, ce qui est important pour ce type de manga.
- Excellente version française, très bien adaptée aussi bien au niveau du texte que graphiquement. Excellents bonus avec un mot de l’auteur écrit spécialement pour la version française, une biographie assez complète et de nombreuses clés de compréhension très bien faites.
Les points faibles :
- Dessin daté (série commencée à la fin des années 70) notamment celui des visages, ce qui instaure une certaine confusion dans les personnages. Un peu comme dans
Lone Wolf & Cub, les différents personnages ont tendance à se ressembler et, parfois, il est difficile de les distinguer les uns des autres.
- Absence totale de trame, ce qui peut rebuter le lecteur, ce qui n’empêche pas le dessin d’être superbe à certains moments. Mais cela peut être aussi considéré comme un point fort, ce qui est mon cas.
- Narration parfois un peu confuse, on peut être un peu perdu sur certaines pages.
Voici quelques images tirées du catalogue manga 2004-2005 des éditions Delcourt :
(cliquez sur l'image pour l'avoir en plus grande)
Et regardez moi ça, si ce n'est pas du beau dessin :
