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Vous avez été graphiste, restaurateur de meubles, scénariste TV… Comment êtes-vous devenu scénariste de comics ?

J’ai étudié l’art à l’université et ai un diplôme en peinture. J’aimais ça, mais j’avais besoin de payer les factures. Du coup, je peignais uniquement le soir et travaillais pour gagner de l’argent.
Puis j’ai commencé à écrire de la BD et je me suis arrêté de peindre à ce moment-là car mon besoin de créer était assouvi avec l’écriture. J’espère pouvoir toujours écrire.

Lisiez-vous beaucoup étant enfant / ado ? Qu’est-ce que vous aimiez ?

Je ne lisais pas énormément de comics, mais ceux que j’aimais étaient avec des monstres, de la guerre, des super-héros et du crime.

En roman, Hemingway est un des auteurs dont le nom me vient en premier. Mais j’ai beaucoup lu, sans pouvoir vous citer vraiment d’auteurs ou de séries qui m’ont marqué. Par contre, je peux vous avouer que dès que je découvrais un auteur, je lisais tout ce qu’il avait écrit de A à Z. Avec plus ou moins des bonnes surprises.

Dernièrement, j’ai lu Post-Office de Charles Bukowski, sur les conseils d’un ami.

Vos histoires sont fictionnelles mais très ancrées dans la réalité.
Vous inspirez-vous de la vie réelle pour les écrire ?

Je lis les journaux tous les jours. La section des faits divers du Chicago Tribune particulièrement, avec son lot quotidien de meurtres, d’agressions, etc. En général, quand c’est dans le journal, c’est que c’est la fin de l’histoire. Tout se mélange dans ma tête, et viennent s’y ajouter les autres lectures du moment. C’est difficile à vraiment savoir d’où tout ça vient. A part qu’il s’agit d’un melting pot.

Comment écrivez-vous ? Et comment gérez-vous les relations avec vos dessinateurs ?

J’écris tous mes scénarios par étapes, avec pas mal de détails, pour donner une idée au dessinateur. Mais je lui laisse une grande marge de manœuvre car nous collaborons. Nous réalisons ces bouquins à quatre mains et sa vision de l’œuvre est aussi importante que la mienne. De toute manière, si je fais bien mon travail et si j’écris de bons dialogues, il saura comment la scène se déroule et comment la mettre en image.

Vos personnages sont noirs. Prenons le Joker, qui pour vous est « la chose la plus violente que vous ayez jamais écrite ». Pensez-vous qu’il faille un équilibre quand vous créez un méchant ?

Non, pas particulièrement. J’aime écrire l’histoire d’un bad guy. Je crois que les lecteurs trouveront toujours un côté intéressant aux personnages s’ils arrivent à se retrouver en eux. Ils ne sont ni méchants, ni bons. Ils font juste ce qu’il faut pour survivre : forcés à réagir à des situations données. Et parfois, la violence est leur seul moyen de s’en sortir.

Avez-vous envie d’écrire des choses plus légères ?

Oh non ! (rires) J’aimerais aller encore plus loin dans le noir. J’ai vraiment aimé écrire sur le Joker car, lui, il n’en a rien à faire de quoi que ce soit. Tout ce qu’il fait n’a, pour lui, aucune conséquence. Heath Ledger dans "Batman Dark Knight" a vraiment accompli quelque chose d’extraordinaire avec ce personnage. Il avait tant de charisme et de personnalité, qu’il a vraiment réussi à attirer l’attention du public. C’est comme ça que je vois les protagonistes de mes histoires : du moment qu’ils sont intéressants, ils capteront les lecteurs.

Même les artistes avec lesquels vous travaillez ont des univers très noirs.
Comment en arrivez-vous à travailler avec eux ?

Aujourd’hui, je dois dire que j’ai la possibilité de choisir avec qui je veux travailler. Pour 100 Bullets, nous nous connaissions (sur A bout portant, NDIR) et avons développé le projet ensemble. Pour le Joker, Lee Bermejo qui travaillait à l’époque chez Wildstorm avait envie de bosser avec moi.

Avec qui avez-vous envie de travailler aujourd’hui ? Des artistes au style plus épuré ?

Non pas forcément. Même si ça dépendra de l’histoire pour travailler avec quelqu’un qui ait un style plus léché. Gabriel dell’Otto m’en a parlé ces derniers jours. On dirait que nous n’avons jamais eu la possibilité d’être au bon moment ensemble, pour réaliser un bouquin. Peut-être que cela va changer ? J’aimerais travailler avec Adam Kubert.
Mais je n’ai pas envie d’écrire sur les super-héros. La preuve, j’écris sur les personnages qui les entoure : Lex Luthor, qui a vu que Superman était en fait une menace pour l’humanité, le Joker qui fait face à Batman et à ses psychoses...

Qu’est-ce qui vient après 100 Bullets (la série vient juste de se terminer NDIR) ?

Le Joker avec Lee, qui vient de paraître (en France aussi). Et j’ai un projet avec Eduardo (Risso), dont nous allons parler à la NY Comic Con.
Mais j’ai beaucoup de temps en ce moment, j’aimerais aller pêcher, me reposer... (rires).

Et si on vous proposait d’adapter 100 Bullets en film ?

Sincèrement, je ne suis pas comme d’autres qui écrivent en espérant que leur bouquin sera adapté au cinéma. Ce n’est pas mon but dans l’industrie. Surtout que les bonnes adaptations sont très rares. Dernièrement on m’a proposé d’écrire un roman. Mais moi, ce dont j’ai envie, c’est de faire vivre les comics. C’est une industrie qui souffre à l’heure actuelle, même si elle a enfin réussi à mettre un pied en librairie généraliste aux États-Unis. Puisque je commence à avoir un nom dans la profession, puisque je peux aider à faire connaître le comics, pourquoi irais-je voir ailleurs ? J’ai envie que ça marche et que mes œuvres aident à le faire encore plus connaître.

Comment percevez-vous le marché Européen ?

J’adorerais travailler directement pour lui. J’adore la possibilité d’écrire sur tout, d’avoir tous les points de vue différents, de pouvoir parler de tout. J’adore l’industrie du comic en France. C’est très impressionnant, tant de diversité. Le seul qui arrive à aller encore plus loin, c’est le Japon.
J’aimerais aussi savoir lire le Français, car tout ce que je peux faire aujourd’hui, c’est lire les images. Ce qui est déjà pas mal, me direz-vous (rires). Mais je lis les œuvres traduites en Anglais, comme par exemple, Moebius ou Bilal.

Comment était Angoulême ? Était-ce votre première fois ?

Oui, tout à fait. Évidemment, j’ai eu très peu de temps pour tout voir, donc il faut que je revienne l’an prochain pour rattraper ça (rires). J’étais très fier d’avoir le Joker disponible en avant-première ici, en édition française. J’étais très heureux d’échanger avec le public français. Aux États-Unis, j’ai l’habitude de dédicacer les six fascicules de Batman/Superman, alors qu’ici j’ai essentiellement signé du 100 Bullets.

Avez-vous assisté à la remise des prix ?

Non, malheureusement.

Quelle est votre dernière lecture du moment ?

Tales from Essex Country, d’un auteur canadien, Jeff Lemire, qui parle d’un petit garçon de 10 ans, orphelin, qui va échapper à la réalité en plongeant dans un monde fantastique.
Vraiment un chouette livre !

Merci

 


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Bibliographie non exhaustive de l'auteur

Joker
Joker
© Panini 2009

Batman Deathblow
Batman deathblow
© Panini 2009

Loveless, tome 1
Loveless
© Panini 2008

Hellblazer, tome 16
Hellblazer
© Vertigo 2008

DC Icons : Lex Luthor
Superman Lex Luthor
© Panini 2006

Batman/Superman tome 12
Batman Superman
© Semic 2004

100 Bullets
(série terminée en V.O.)(
100 Bullets
© Semic 2002

A bout portant
A bout portant
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