Première session de rencontre sans dédicace. Invité : Gihef.

Il m'a prévenu qu'il ne viendrait pas seul. C'est déjà ça de gagné. J'ai fait peu de pub, pas de relance la veille. J'ai un peu merdé sur la comm'. Ce sera à améliorer. Enfin, apparemment, une petit dizaine de personnes se disaient partantes tout de même. Un bon nombre. Pas trop, pas trop peu. Pas suffisamment pour me terrifier sur place. Assez pour créer une ambiance. Début prévu à 19h.

18h45 : A première vue, personne. Bah, c'est pas grave. Je me dis que les gens arriveront légèrement en retard.

19h : Toujours personne. Même l'auteur n'est pas là. Bah, il doit y avoir du monde sur la route.

19h15 : Grosse suée. Je suis toujours seul. Coup de fil à Gihef: "Ah c'était pas 19h30 ? Bah, je suis à 10 minutes, de toute façon. Je suis tout près."

19h30 : Arrivée de notre premier participant qui arrive tranquille. Arrivée tout de suite après de Gihef et sa copine. Surprise devant le peu de monde. Il est gêné vis-à-vis de moi devant le relatif flop au niveau de l'affluence. Je suis gêné vis-à-vis de lui pour les mêmes raisons. On est tous gênés pour l'autre, mais finalement, ça ne nous dérange pas plus que ça.

On entame le dîner, en discutant de tout, de rien. On parle cinéma. On mange bien. On plaisante avec la patronne. Ils boivent un peu. On parle tout de même de ses projets, desEnchaînés,de ses envies, de sa carrière. Tout un tas de choses intéressantes mais qu'il est impossible de retranscrire. Déjà parce qu'on est en train de manger, et ensuite parce que ce ne serait pas très sympa de balancer des confidences de table.

Une fois les ventres bien tendus, on se lance dans l'interview. Au travers des interruptions des vendeurs de fleurs et des interventions de la patronne de l'établissement, l'interview se passe quand même bien, dans la joie et la bonne humeur. Tout ne sera pas retranscrit, il fallait être là. Notre petit public semble content. L'auteur aussi. Deux ou trois personnes de plus n'auraient pas été de trop, mais ce fut tout de même chaleureux. Finalement, une excellente soirée qui m'incite à continuer dès que possible. Merci pour cela à Gihef et à notre public de connaisseurs.

Bonsoir. Alors tout le monde connaît ta passion pour le ciné.

Pourquoi ne pas t'être dirigé vers le cinéma plutôt que la bd ?

Bonsoir.

C'est parce que c'est beaucoup plus difficile dans le cinéma. Je vais probablement m'attirer les foudres de mes collègues, mais je suis probablement ce qu'on peut appeler un cinéaste frustré. J'adore mettre en scène, plus que le dessin. Mais je suis encore jeune. Rien ne dit que je terminerai ma vie dans la bande dessinée. J'ai des envies mais je ne sais pas trop comment y accéder.

Idem pour la musique ?

Non là, c'est différent. Je n'ai aucun talent pour la musique. Alors que j'adore ça. J'ai une guitare chez moi. Je ne peux pas dire que j'en joue, ce serait exagéré. Je gratouille. C'est une frustration réelle.

Et comment se traduit l'influence de ta musique dans ton boulot ?

C'est un peu comme si je regardais un film. Je choisis la musique par rapport aux séquences que je dois travailler.

Mais la musique n'influence pas ta séquence, c'est l'inverse ?

En général, je cherche la musique qui va coller avec ce que je dois dessiner parce que je sais déjà sur quoi je vais travailler. Par contre, c'est un échange. Une fois que j'ai choisi la musique qui va avec la scène, ça me booste encore plus. J'arrive mieux à installer une ambiance.

Tes premières influences étaient plutôt européennes, l'école "gros nez".

Ca se retrouve encore chez toi ?

Non, pas vraiment. Je ne lis plus trop ce genre de bande dessinée. J'ai du mal avec les vieilles bd. J'ai tous lesAchille Talon,je les adore, mais au bout de 3 pages, je ne peux plus. J'ai l'impression de revenir dans un autre temps. Mais ça fait partie de ma richesse. Ceci dit, il y a des choses humoristiques que j'adore aujourd'hui, commeKrän le barbare.Disons que le gros nez, ça m'a influencé au tout début, il y a 10 ans. Mais plus maintenant. Eventuellement, avec Jean-Christophe Derrien, on caresse le rêve de faire unSpirou.

Tu es complètement autodidacte. Tu n'avais jamais envisagé de passer par une école ?

(rires) Tu veux que je retourne à l'école, c'est ça ? Non, en fait, je ne pense pas que faire de la bande dessinée, ce soit un truc qui s'apprend. Bon, pour être dessinateur, il faut savoir dessiner, ok. Mais pour moi, faire de la bande dessinée, c'est autre chose. C'est de la mise en scène, savoir raconter une histoire. Ce n'est pas uniquement savoir dessiner. Si tu sais bien dessiner, tu fais de l'illustration. Il y a des dessinateurs qui tuent et qui ne savent pas raconter une histoire.

Moi, je pense que je suis un mauvais dessinateur mais que je suis un bon raconteur d'histoires. En tout cas, c'est ce qu'on me dit. Je suis conscient que j'ai beaucoup de carences en dessin. Ca vient aussi du fait que je suis autodidacte. Je ne connais rien à l'anatomie. Je travaille beaucoup d'après photos. Je me facilite le travail un maximum.

Les métiers artistiques, c'est assez impalpable. Ca dépend beaucoup de la sensibilité des gens. Idem pour le cinéma ou la musique. Regarde laStar Academypar exemple. On apprend aux gens à chanter, à danser, à bouger sur scène. Moi j'adore Bashung. Il ne danse pas sur scène, il chante à moitié, il n'est jamais passé par laStar Academyet il est là depuis 25 ans. On n'a pas besoin de ce genre de chose pour être artiste aujourd'hui. Et on n'a pas besoin de passer en école pour faire de la bande dessinée.

Tu en as chié pendant 10 ans avant d'être publié. Donc, que conseillerais-tu aux jeunes qui voudraient se lancer dans la bd aujourd'hui ?

De persévérer dans les métiers de la restauration (rires). Non, je pense qu'il y a un truc essentiel à ne pas perdre de vue, c'est qu'aujourd'hui, on est trop. Il y a trop de mecs qui dessinent bien. Mais il y a un truc qui est important, c'est la constance. T'as des mecs qui sont des grands artistes mais qui ne bossent pas vraiment, de vrais artistes quoi. Ils aiment dessiner simplement. Ils font 2, 3 pages par mois. Mais dans 10 ans, je pense qu'on n'en parlera plus. Il n'y a pas de constance. Et pour y arriver, le talent ne compte pas plus qu'autre chose. Et je pense vraiment en être la preuve vivante. On peut y arriver si on persévère et qu'on a la niaque. Il suffit de savoir qu'on va rentrer dans tout ce qui bouge.

A côté de ça, comment vis-tu l'arrivée des people en bd ?

Je vais me faire des potes encore (rires). Pour trouver quelque chose de positif à ça quand même, on va dire que ça attire le regard des gens qui ne lisent jamais de bande dessinée. Non, en fait, j'en pense pas un mot (rires).

Sans trouver ça vraiment scandaleux, je trouve que ce n'est pas très juste. Il y a pas mal de mecs qui viennent de la bande dessinée et qui vont au cinéma, comme Terry Gilliam, Tim Burton, Jan Kounen et qui doivent faire leurs preuves absolument. On ne peut pas concevoir qu'un mec qui fait des petits mickeys puisse faire du cinéma un jour. Et le contraire serait possible ? J'y crois pas. Et je pense que c'est plus compliqué techniquement de faire de la bande dessinée que du cinéma. Au cinéma, tu as une équipe. Il y a toujours au moins 15 mecs sur le truc.

En bd, on n’est que 2. Donc tu n'as pas le droit à l'erreur. Tu n'as qu'un regard extérieur, c'est celui du scénariste ou du dessinateur. Donc je ne trouve pas normal tout le battage qu'on fait autour de ces gens-là.

Tu arrives à vivre de la bd ?

Ouais, mais je bosse comme un fou.

Tu n'es pas trop touché par la surproduction ?

Je ne sais pas trop. On vend pas mal de fond avecLes Enchaînés.La série vit vraiment.

Dans ta série Les Enchaînés ou le projet que tu as montré sur le web, l'action se passe toujours aux USA. C'est un fait obligé ?

Je suis content que tu me poses cette question. Je vais régler encore des comptes.

Oui, c'est obligé. Je n'ai pas envie de faire un truc qui se passe en Belgique ou en France parce que j'y vis. Je n’ai pas envie de dessiner ces bâtiments-là. J'ai envie de dessiner des gratte-ciel, des palmiers, des trucs qui me fassent voyager. Je passe 12h minimum sur ma planche à dessin chaque jour.

Quand je passe la tête par la fenêtre, je vois des bâtiments. J'ai envie de m'aérer un peu la tête. Et puis il y a des histoires qu'on ne peut logiquement pas faire ailleurs. Par exemple,Les Enchaînés.Le concept aurait pu se passer en France, à Paris. Mais ça aurait posé un problème pour le jeune Tobey. Les massacres d'écoles, c'est pas des trucs qui existent vraiment en France. C'est moins répandu. Peut-être parce que les français sont un petit peu moins cons que les américains. Pas de grand chose, mais un petit peu (rires). Et ça n'aurait pas collé.

Dans le même ordre d'idée, on ne te connaît que sur du thriller.

C'est le genre sur lequel je me sens le plus à l'aise. J'aime les ambiances glauques, les trucs un peu malsains... Je ne sais pas trop pourquoi, en fait. C'est vraiment le relationnel, le côté psychologique, les personnages...

Puisque tu as balancé l'info pendant le repas,
que se passe-t-il avec le tome 4 des Enchaînés ?

Ca s'annonce très mal. Les planches sont perdues depuis un mois. L'album sortira de toute façon, mais on ne sait pas encore en quel état.

Et sur son contenu ? Tu as parlé d'un director's cut ?

Le dernier tome a pris une direction un peu différente de ce qui était prévu au départ. C'est un tome très explicatif par rapport aux précédents. Les trois premiers tomes étaient en crescendo, et pour le tome 4, on redescend. On est vraiment sur les cales. C'est une conclusion.

Tu avais déjà annoncé sur le web un projet avec un jeune dessinateur. Qu'en est-il ?

Ca a changé entre-temps. Le projet avait été, à la base, écrit pour un jeune dessinateur qui n'a jamais été publié et qui bosse en librairie. Et finalement, il a choisi de continuer à travailler là. Du coup, le projet est resté dans mon pc. Et via Ann qui travaille au Nine City, j'ai appris que Michel Koeniguer (NDR: auteur de Brooklyn 62nd) cherchait un side project. Je lui ai envoyé le scénario sans trop de conviction. Et ça lui a plu, il a voulu le faire.

Et travailler seul, non ?

C'est un truc qui me fait un peu peur. Je ne sais pas si j'arriverai à gérer le scénario et le dessin. J'essaye vraiment toujours de me concentrer sur une seule chose. Là, je travaille avec Callède. C'est une alchimie parfaite. Et si je devais travailler seul, je n'aurais pas d'écho extérieur.

C'est aussi pour ça que tu ne fais pas tes couleurs toi-même.

Non, ça c'est parce que je suis daltonien.

Ton site est mort ?

Et enterré, oui.

Il ne reviendra pas ?

Si. Avec un pote, on est train de monter un truc mais ça se fait très doucement. Ca prend beaucoup de temps, même si je ne m'occupe pas personnellement du site.

Ce soir, c'est soirée sans dédicace. Ca devient dur, les dédicaces ?

Je t'ai rien fait, pourquoi tu me fais ça ? (rires) C'est pas que ça me fait chier mais ça devient dur d'avoir toujours les mêmes en face de soi. J'en ai marre de faire des dédicaces que pour les collectionneurs. Par exemple, je fais très peu de festival, sauf quand on m'invite sur la côte d'azur par exemple. Je préfère aller en librairie. Là, tu as vraiment affaire aux lecteurs.

Et trouver un système pour ne pas avoir toujours les mêmes ?

Ouais, ouais, j'ai acheté une batte de baseball.

Merci !

 


par Cubik

Interview réalisée
le 26 mai 2006
au Blue Bayou, à Bruxelles



© Gihef


Les Enchaînés T1


© Vents d'Ouest 2004

Les Enchaînés T1

enchaines tome 2
© Vents d'Ouest 2005

Les Enchaînés T1

enchaines tome 3
© Vents d'Ouest 2006

R.I.P. Ltd Tome 1


©
Nucléa² 2003


Accueil Interviews



Biographie Gihef
Biographie Callède

Editions Vents d'Ouest
(attention site en flash)


Réagissez sur le forum à propos de cet auteur !


Ex Libris


© Gihef



Recherches de couvertures


© Gihef

 


© Gihef

 


© Gihef

 


©
Gihef
(Couverture d'essai pour RIP Ltd)

 
© www.bdetente.com - Toutes les images & les textes présents sur le site sont la propriété de leurs auteurs