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Je suppose que le plaisir est différent de travailler sur MPT, Donjon ou Jolies Ténèbres.
Que retirez-vous de chacun de ces univers ?

Marie: Justement c’est le contraste entre ces différents univers qui est agréable. Et moi, quand je travaille sur un truc, j’ai toujours envie d’en faire un autre. Pour moi, ce qui était stimulant dans Donjon c’est que c’était un contre-emploi total. Je ne connais rien à l’héroïc-fantasy, c’était un OVNI et c’était vraiment drôle, un exercice un peu bizarre, un autre plaisir que Miss Pas Touche.
Sébastien : On s’est aussi beaucoup impliqué dans le développement des personnages et dans les discussions avec Hubert.
Marie : Quant à Jolies Ténèbres, c’était quelque chose qu’il fallait qu’on fasse, une évidence.
Sébastien : Dessiner l’endroit où on aimerait être comme disait Marie. On avait envie de champs, de végétation, de se plonger dans la nature et dans le côté sensuel de la forêt. A chaque fois ce sont aussi des plaisirs collatéraux, comme les recherches pour Miss Pas Touche sur le mobilier, les années 30 alors que sur Jolies Ténèbres c’était les balades, aller à la campagne, prendre des photos, inventer les personnages.

Marie, j’ai cru comprendre que vous aviez des velléités d’auteur "complet". Quand allez-vous enfin vous lancer sans autre scénariste et dialoguiste que vous ?

Marie : J’ai vraiment peur quand je pense à l’écriture, quand je me mets à écrire c’est comme si je retournais à l’école, que j’écrivais une rédaction et qu’on allait me juger. J’aimerais bien écrire mais j’ai un gros blocage...

Sébastien : elle écrit mais elle ne montre rien, même pas à moi (rires).

Marie : Pour revenir à votre question, pour Jolies Ténèbres j’avais un cahier rempli de notes accompagnées de dessins mais heureusement que Fabien (Vehlmann) est venu à la rescousse car j’étais incapable de faire parler un personnage. Ce problème d’écriture c’est aussi peut-être une histoire de s’exposer encore plus…

Sébastien : Ca s’arrange un petit peu, là tu es en train de faire une bd avec Patrick Pion, chez Dargaud... Ca commence à venir, elle développe son histoire à son rythme, je ne lui mets pas la pression.

Marie : Disons que le dessin est un travail de longue haleine et qu’il faudrait se bloquer deux mois pour s’aérer la tête et ne pas avoir d’obligation de rendu, et là, je n’ai pas encore eu l’occasion.

Marie, j’ai lu que vous aimiez David Lynch et que vous aviez suivi une spécialisation en illustration scientifique et médicale. Avez-vous envie d’approfondir cette veine horrifique/gore et de continuer à semer le trouble chez vos lecteurs ?

Marie : Il me semble l’avoir fait dans Jolies Ténèbres, maintenant, je n’ai pas envie de tomber dans des choses trop "dark".

Vous avez tous les deux un parcours complètement différent, une formation classique pour Marie et un chemin autodidacte pour Sébastien...

Sébastien : Non, non, j’ai fait la même formation que Marie, Arts Appliqués...

Oh, mais quand on lit le dossier de presse,
seul est mentionné un concours que vous avez gagné...

Sébastien : Disons que c’est ce concours qui a fait que je suis entré dans le monde de la bd, c’était un concours de circonstance. Par contre je n’ai jamais fait d’école de bd, mais des écoles de dessin où on étudiait l’architecture, ce genre de choses. En fait, j’ai fait la même école que Marie, c’est comme ça qu’on s’est rencontré.

Avec qui auriez-vous envie de travailler aujourd’hui ?

Sébastien : On se pose souvent la question, mais c’est souvent des auteurs morts (rires).

Marie: Ce n’est pas parce qu’on aime un auteur que travailler avec lui doit forcément se faire. On a essayé de travailler avec certaines personnes et ça n’a pas abouti.

Sébastien : On essaie de pas forcer le truc. On s’est aperçu que si la rencontre était un peu artificielle, ça ne marchait pas. On ne va pas insister, relancer les gens par exemple.

A propos de gens, le passage quasi-obligé en dédicace, vous apporte-t-il quelque bonheur ? Quel est votre public ?

Marie : Le plaisir de la dédicace, ça dépend, personnellement j’appréhende beaucoup. Quant au public, il est assez varié, on a pas mal de femmes, peu d’enfants mais là on est sur un projet tout public.

Oui, parce que Jolies Ténèbres ce n’est pas pour les enfants !

Sébastien (il rit) : Ouh là non pas du tout. Quelquefois des gens nous disent "ah tiens, je vais l’acheter pour ma petite fille", on leur dit "non surtout pas !!!" (rires). Ou alors "achetez-le, lisez-le d’abord et après vous aviserez".

Marie : Je ne voudrais pas être responsable de traumatismes...

A quel médium artistique êtes-vous le plus sensible
(peinture, sculpture, musique, vidéo...) ?

Ensemble : Le cinéma !

Quel est votre réalisateur préféré ?

Marie : Il y en a plein, je ne peux pas choisir ! C’est plutôt la quantité de films, j’ai besoin de ma dose.

Sébastien : On se demandait justement, il y a plein de réalisateurs qui ont filmé des chef-d’œuvres suivis de sombres merdes. On se posait la question "est-ce que l’erreur c’était les chef-d’œuvres ou les bouses qui ont suivi ?". Du coup, on ne peut pas dire qu’on adore un réalisateur parce que "tout ce qu’il a fait c’est génial", c’est faux. En creusant on peut dire que Wes Anderson ou les frères Cohen n’ont presque rien raté.

Marie : Moi, même dans un film nul, je vais trouver un truc qui me plaît (rires). Si le film est ennuyeux, je vais me fixer sur les costumes, les décors... On parlait du théâtre tout à l’heure, c’est quelque chose dans lequel je n’arrive pas à me projeter, je me sens totalement extérieure au plateau, je n’y rentre pas, alors qu’au cinéma...

Sébastien : Au théâtre, j’ai le trac pour les acteurs, j’ai peur qu’ils oublient leur texte (rires) ! Non mais même la télé-réalité, j’ai du mal à regarder, quand les candidats font des trucs un peu bêtes, c’est horrible, je me sens super gêné, vraiment mal à l’aise.

Revenons à la bd alors.
Avez-vous une opinion à propos du marché de la bande dessinée à l'heure actuelle ?

Marie : J’ai l’impression qu’il y a de la place pour tout le monde, que tout est très varié, l’éventail est vaste.

Sébastien : il y a beaucoup moins de carcans. Avant, il y avait des collections auxquelles il fallait correspondre. Il faut dire aussi que nous sommes super bien lotis.

Marie : Voilà, après, ce qui nous intéresse plus c’est le numérique, savoir à quelle sauce on va être mangé.

Justement, Google est en train de numériser des milliers de livres, je voulais avoir votre avis à ce propos, votre réaction lorsque ça va toucher la bd.

Sébastien : Ca touche déjà la bd, y a déjà des albums en ligne.

Marie : Oui des gens ont déjà scanné nos bouquins. Je trouve ça triste, j’ai peur qu’on perde le livre, j’aime bien l’objet bouquin, j’aime qu’on travaille la couverture, choisir le papier, pour moi c’est important. J’ai un vrai attachement... Nous, on a appris à lire sur des livres, les générations futures vont apprendre à lire sur ordinateur... En tout cas moi je n’ai aucun plaisir à lire une bd sur écran.

Sébastien : D’autant que nous, on soigne particulièrement l’objet, on va à l’impression, c’est vraiment quelque chose qui nous touche, qui nous intéresse.

Marie : Et puis, on dessine sur papier, on a envie de retrouver ça dans l’objet, c’est peut-être différent pour ceux qui travaille sur ordinateur. Et puis il n'y a pas de double-page sur écran... Je ne sais pas... je ne suis pas convaincue, ce n’est pas très agréable, ce n’est pas encore au point.

Sébastien : Avec le livre tu as une liberté, de pouvoir aller, de revenir sur un page, d’avoir une vue d’ensemble, de toucher l’objet. En numérique, ça perd de son intérêt, de sa valeur. C’est un peu comme quand tu télécharges un milliard de films, tu ne vas même pas les regarder, c’est un peu triste. Maintenant on n’a pas encore développé d’outils spécifiques, il n'y a encore personne qui fait des choses exprès pour ça. Cependant, avec d’autres auteurs, on pense qu’il faut y réfléchir et agir en conséquence plutôt qu’on nous mette le truc en main et qu’on ne puisse plus rien faire.

Et pour finir sur une note plus gaie, le Quick Questionnaire :

Dexter ou Sex in the City ?

Ensemble : Dexter !

Danse classique ou contemporaine ?

Marie : contemporaine

Koh-Lanta ou Greg le Millionnaire ?

Sébastien (catégorique): ah Koh-Lanta ! D’ailleurs il y avait un petit côté Survivor dans Jolies Ténèbres.

Votre meilleure lecture de cette saison ?

Sébastien : euh, le dernier Dan Simmons

Plat du terroir ou fusion food ?

Ensemble : plat du terroir

Cosmo ou l’Equipe ?

Sébastien : Cosmo !

Marie : aucun des deux (rires)

Et pour finir, que peut-on vous souhaiter pour la période 2009/2010 ?

Sébastien : Qu’elle soit aussi bonne que la précédente !

Marie, Sébastien, merci pour le temps que vous avez bien voulu nous accorder.

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Bibliographie

Miss pas Touche (série en cours, 4 tomes parus)
Miss pas touche tome 4
© Dargaud 2009

Jolies Ténèbres
Jolies ténèbres
© Dupuis 2009

Donjon Crepuscule
(tomes 104 & 105)

Hellblazer
© Delcourt 2006

BD Jazz: Anita O'Day
BD Jazz Anita O'Day
© Nocturnes 2003


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