Interview réalisée à la suite de celle d'Alain Ayroles, ce qui explique l'absence de
première question, les deux comparses ayant un sacré sens de l'enchaînement..

Alain Ayroles : Jean-Luc m'avait demandé pour L'ombre de l'échafaud de lui trouver des idées et j'ai trouvé le scénario de L'ombre de l'échafaud

(rires)

 

Mais pourtant c'est marqué Masbou au scénario ?

 

A.A. : oui mais c'est pour qu'il gagne quelques sous quand même

Jean-Luc Masbou : Je voulais une reconnaissance en tant que scénariste mais comme je suis pas suffisamment bon, je lui ai demandé d'écrire le scénario à ma place et voilà. (rires)

© Delcourt
Comment as tu géré le passage du dessin au scénario ?

J-L M. : Tout à fait bien, je suis habitué à écrire des scénario comme mon collègue est habitué à dessiner, puisque quand on était aux beaux arts ensemble, où en fait on faisait les deux.

Quand on devait présenter des projets on devait les présenter et en tant que scénariste et en tant que dessinateurÖ. mais moi j'ai pas pu faire d'album au début parce qu'on aimait bien mon dessin et on aimait pas mon scénario et Alain c'était l'inverse, on aimait bien son scénario mais comme il dessinait comme une merde... (rires)

A.A : Je tiens à intervenir

J-L M. : Non. Pour revenir à ta question, non pas du tout. Et ça fait du bien de redevenir scénariste car sur les 5 ans de De capes et de crocs, je n'étais vraiment que dessinateur et je ne faisais plus les découpages, je n'étais plus metteur en scène alors que là, ça fait plaisir de voir un album sortir qui n'est pas dessiné par toi mais dont la mise en scène est de toi.

Et tu es allé jusqu'au bout ? Scénario, découpage, story board... ?

J-L M. : je suis aussi chiant avec mon dessinateur que Jean Luc peut l'être avec moi, je fais les découpages dessinés

Donc malgré ce qu'Alain a dit de toi tout à l'heureÖ

J-L M. : Oui mais Alain a une faculté, c'est qu'il est capable de dessiner très vite et très bien, donc quand il fait des découpages, il les fait très vite et très bien, et c'est très dur de sortir des cases qu'il a dessiné, au niveau du dessin pour imposer sa personnalité. Des fois, j'ai l'impression de recopier carrément ce qu'il faitÖ donc c'est un tout petit peu frustrant.

Mais moi, en tant que scénariste, je fais les découpages dessinés sur une feuille format A4 au crayon. J'essaie de pousser un petit peu moins les personnages et leurs expressions des personnages ainsi que les éléments du décor, mais finalement ça revient au même, et Alain, quand il est chiant avec moi, je m'aperçois maintenant pourquoi.

Quand tu es metteur en scène, quand tu dessines les personnages à la base et les faire dessiner par quelqu'un d'autre, il n'y a pas à tortiller, tu trouves de l'importance à la moindre expression du visage, au moindre froncement de sourcils, au moindre détails qui peut y avoir dans le décor , tout prend de l'importance pour la profondeur de champ, pour la narration.

Peux-tu nous dire quelques mots sur David Cerqueira
(le dessinateur de L'ombre de l'échafaud, NDI) ?


© Cerqueira- Delcourt 2004

J-L M. : C'est quelqu'un que j'ai découvert à l'atelier Sanzot à Angoulème. C'est en fait le cinquième dessinateur que j'ai trouvé pour pouvoir dessiner sur la série.

Les deux premiers à qui je les avais proposé étaient des copains.. enfin, au début je voulais le faire dessiner par Mazan (dessinateur, entre autres, des Aventures de Philibert chez Delcourt, NDIR), parce que je trouvais qu'il avait un trait qui correspondait bien à l'ambiance. Mais il n'a pas voulu parce qu'il faisait autre chose. Après, j'avais deux autres copains à qui j'ai demandé, qui n'ont pas voulu non plus. Ensuite, je suis tombé sur une personne qui faisait du dessin animé, mais que je ne connaissais pas du tout...

Et puis, à vrai dire, je connaissais Rafa (dessinateur du tome 1 de l'Ombre de l'échafaud, NDIR), mais je ne savais pas ce qu'il faisait. J'étais persuadé qu'il faisait déjà de la bd pour lui. Parce que, quand je ne travaille pas à l'atelier Sanzot, j'y passe une fois de temps en temps comme ça pour voir les copains et puis pour faire des photocopies (rires). Et là, il y a Jean Luc  Doyen qui m'a dit "Ah tu devrais demander à Rafa, il n'a rien à faire en ce moment et justement il cherche des projets".

Donc je lui ai demandé, on a fait une première page dessinée qu'on a montré à Guy (Delcourt, NDIR). Puis, finalement, on s'est aperçu que la vision que j'avais de l'univers de L'ombre de l'échafaud au niveau du dessin était un tout petit peu plus caricaturaleÖ en tout cas moins réaliste que ce qu'elle n'est maintenant. Donc il m'a dit que c'était un peu dommage que les personnages soient ainsi, cela ne colle pas avec l'histoire et on a changé cela pour revenir à un style plus "propre", qui est celui de David, et finalement ça a pas mal marché.

En combien de tomes est prévue la série ?

J-L M. : C'est au moins en 4 tomes, si je pouvais pousser à 5, ça serait pas plus mal. Après, ça sera une question de succès. Normalement l'histoire rentre en quatre mais, ce qui est intéressant dans le scénario, dans la façon que j'ai de construire, c'est de jouer sur les personnalités, les caractères des deux flicsÖ Même si je pars du cliché des 2 flics complètements différentsÖ Mais j'ai d'autres personnages qui interviennent : un prêtre dans le tome deux et dans le troisième tome, où il rencontre les deux policiers, il va y avoir des problèmes de foi qui vont se poser, il y aura l'arrivée d'Antoine le cambrioleur et de son ami Cyril, qui vont venir renforcer l'équipe des deux flics.

Donc tous ces gens là sont tellement différents que ça va donner lieu à des discussions entre les personnages qui ne vont pas forcément se comprendre ou qui vont  s'entraider.. Donc, ça pour le développer y a pas 36 solutions, faut des pages. J'essaie de faire pour que cela ne soit pas au détriment de l'action, je crois que je me suis pas trop mal débrouillé sur les deux premiers tomes... C'est pour ça que j'aimerais bien avoir un tome de plus et normalement ça devrait le faire.

Sur la couverture, on voit la "feuille de chou locale" présente dans l'album.
Qui en a eu l'idée ?

J-L M. : Ca c'est de moi, je voulais une logique dansÖcomment dire ? Ce qui m'a fait démarrer le scénario de L'ombre de l'échafaud, c'est le jeu de rôle... Quand on était aux Beaux Arts, on jouait beaucoup aux jeux de rôles et il y a pas mal de scénarios qui en sont issus, dont l'univers de De capes et de Crocs.

Pour L'ombre de l ëéchafaud c'est une partie que j'avais fait jouer en tant que maître du jeu et je me suis dit "tiens ça serait bien de le mettre en images".

J'ai gardé les personnages, un peu comme pour De capes et de Crocs en fait, parce qu'ils étaient très intéressants : le commissaire, le petit con et le docteur Renoir. Puis j'ai modifié un peu le scénario parce qu'on ne peut pas retranscrire intégralement une partie de jeux de rôle, aussi intéressante fut-elle autour de la table devient ininteressante sur papier. Si ça devient une bande dessinée à part entière, ça doit être écrit en tant que tel.

Et je ne me souviens plus de ta question du début, à force de partir sur des chemins de traverses (rires)!

La couverture... (rires)

Ah oui ! Donc, la deuxième raison qui m'a poussé à écrire L'ombre de l'échafaud, c'est une soudaine passion pour Arsène lupin et pour cet univers que j'ai redécouvert en feuilletant des bouquins. Je suis tombé sur toute la collection des fascicules de l'époque Le petit journal, les illustrés de l'époque, et je me suis dit "tiens, ça serait marrant de reprendre cet univers, vu que je le connais à travers des jeux de rôle et des scenarios que j'avais écrit, et d'en faire une bd, et de raconter des histoires qui se passent à cette époque là, mais à ma sauce".

En fait, le but du jeu c'est juste ça : c'est se dire "bon d'accord, c'est bien les romans policiers à la Fantomas qui se passent en 1900, mais ça serait bien d'y ajouter mon humour, et ma façon de voir le truc et puis un dessin peut-être un petit peu différent... et de jouer avec la vision qu'on a de cet univers au travers des couvertures du Petit journal et de ces fascicules là et donc, dans le bouquin de vraiment jouer avec ça.

C'est pour cela que la couverture et le dos du bouquin ressemblent exactement à un fascicule de l'époque quasiment, et qu'à l'intérieur bien évidemment, je reprends cela pour rappeler que L'ombre de l'échafaud c'est, et d'une part le titre de la série et, d'autre part, le titre du journal auquel se réfèrent à chaque fois les policiers, qui lisent ça finalement comme du Paris Match à l'époque.

© Cerqueira - Delcourt 2004

Merci Jean-Luc

 


par Guewan

A l'occasion de la
sortie du tome 6 de
De cape et de crocs
(Editions Delcourt)

Interview réalisée le 02
mai 2004 au Salon
International du Livre
de Genève

De cape et de crocs T6


© Delcourt 2004

A l'ombre de l'échafaud


© Delcourt 2004

Lire la chronique sur la série L'ombre de l'échafaud

Interview Alain Ayroles


Biographie Ayroles
Biographie Cerqueira
Biographie Masbou
Editions Delcourt


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